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Vendredi 17/04/2026

La ferme France et la compétitivité intra-UE (4/4) : en poulet, un problème d’acceptabilité plus que de rentabilité

Publié par Pleinchamp

La filière volaille de chair est en capacité de rivaliser avec ses challengers européens pour peu que les enjeux inhérents à la création et/ou à l’agrandissement de poulaillers soient bien soupesés par nos concitoyens.

« 53% des Français se disent réticents à accepter l’installation de poulaillers à proximité de leur domicile, se traduisant par une multiplication des recours. Ceux-ci visent même des dossiers soumis à déclaration, entraînant des annulations d’autorisations par les tribunaux administratifs, en particulier pour les installations situées en zone Natura 2000, en milieu humide ou dans les parcs naturels. Dans ce contexte, Il y a donc un fort enjeu à informer les citoyens sur l’équilibre à trouver entre l’enjeu environnemental et l’enjeu de souveraineté alimentaire afin d’éviter une dépendance accrue aux importations de poulets ». Tel est le constat dressé par le Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER) dans un rapport publié en février dernier et titré : « Les exploitations françaises sont-elles compétitives par rapport à leurs concurrentes européennes » ?

Et pour cause. La viande de poulet est désormais la viande la plus consommée par les Français, ce qui met toujours un peu plus à mal le taux d’auto-approvisionnement, la production ne suivant pas la cadence, loin s’en faut. Selon l’Anvol, le taux d’auto-approvisionnement (rapport entre production et consommation) en poulets est passé de 70,7% en 2024 à 67% sur 2025 tandis que le taux de dépendance aux importations (rapport entre importations et consommation) passait de 50,4% à 52,4%.

Evolution de la production, de la consommation et des importations de poulet (Source : Anvol)
Evolution de la production, de la consommation et des importations de poulet (Source : Anvol)

Dans le cadre des Conférences de la souveraineté alimentaire, la filière s’est fixé un objectif de croissance annuelle de 4,8% de la production d’ici à 2035, moyennant un investissement global amont/aval à consentir de 2,8 milliards d’euro, dans 220 nouveaux poulaillers de 1500m2 par an, 10 élevages de reproducteurs par an, 4 nouveaux couvoirs, 8 abattoirs d’une capacité de 750.000 têtes par semaine.

« Mener un travail de pédagogie auprès du grand public »

Pour la filière, le défi n’est pas tant économique que sociétal, ce que confirme l’étude du CGAAER, qui recommande de « mener un travail de pédagogie auprès du grand public, avec l’appui de professionnels qualifiés, pour éclairer les écarts entre attentes sociétales et réalités de consommation, et ainsi réduire les oppositions à la création ou à l’agrandissement d’unités d’élevage ».

Charge ensuite aux professionnels de l’amont et de l’aval d’identifier par région des zones favorables à l’implantation de l’écosystème nécessaire à la production de poulets de chair, et établir des objectifs chiffrés régionalisés de production, en co-construction avec l’État, les Régions et les EPCI (établissement public de coopération intercommunale), en s’inspirant de l’action « sites clés en main » France 2030 pour le développement industriel.

Importations française de viande de volaille en 2022 et 2023 (Source : Anvol)
Importations française de viande de volaille en 2022 et 2023 (Source : Anvol)

En Pologne, le premier pays fournisseur de viande de volaille de la France, le nombre de permis pour la construction d’installations de production intensive d’élevage avicole a augmenté de 281% en 5 ans. Les habitants des zones rurales s’opposent de plus en plus aux fermes industrielles et les ONG réclament un moratoire sur les nouveaux investissements, mais les oppositions restent plutôt locales, selon le rapport. En Espagne, où il faut entre 2 et 3 ans pour obtenir une autorisation de création ou d’extension de bâtiment, la situation est similaire à celle de la France.

Comparaison de la performance économique France / Espagne selon le régime ICPE en 2021 (Source : CGAAER)
Comparaison de la performance économique France / Espagne selon le régime ICPE en 2021 (Source : CGAAER)

L’Espagne, c’est le pays sur lequel s’est penché le rapport pour comparer les performances de la filière tricolore. Un exercice rendu impossible avec l’Allemagne et la Pologne, par défaut échantillonnage, la filière française présentant un certain nombre de spécificité rendant toute comparaison internationale difficile, du fait d’une segmentation unique en Europe (plein air, AB, différents types de poulets standards), des différents modèles de commercialisation ou encore de la « siretisation » croissante des exploitations (création de SIRET distincts pour l’activité volaille pour des raisons fiscales ou organisationnelles), faussant les statistiques et compliquant l’analyse économique dans le temps. Aussi, le CGAAER « rejoint la Cour des comptes sur la nécessité de développer un outil statistique permettant de suivre l’évolution des performances économiques des exploitations productrices de volailles de chair.

De cette comparaison très partielle, il ressort que le régime de l’enregistrement (de 30.000 à 40.000 volailles) présente « des performances intéressantes au regard du capital investi. Ce dernier point mériterait des investigations supplémentaires, afin de déterminer si cette taille d’exploitation peut être un compromis acceptable entre attentes sociétales et nécessités économique ».

A noter que la loi d’août 2025 visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur a relevé de 40.000 à 85.000 poulets de chair le seuil d’enregistrement, en étant assorti en prime de procédures simplifiées. Cocorico.