- Accueil
- Le Plan de sortie du phosmet ou la consécration de l’agroécologie contre les ravageurs d'automne du colza
Lundi 30/03/2026
Le Plan de sortie du phosmet ou la consécration de l’agroécologie contre les ravageurs d'automne du colza
En l’espace de trois ans, la mobilisation de tout l’écosystème agricole, adossée au financement de l’Etat et de Sofiprotéol, a permis d’élaborer et de diffuser des stratégies alternatives au phosmet et de sécuriser l’itinéraire d’une espèce doublement vitale en terme d’assolement et de souveraineté protéique.
Qu’y a-t-il de commun entre le Programme national de recherche et d’innovation en betterave sucrière et le Plan de sortie du phosmet en colza ? La survie de deux productions capitales pour la ferme France, que menacent des ravageurs en passe d’être immaîtrisables sous l’effet du retrait de solutions phytosanitaires insecticides et que la mobilisation de tout l’écosystème agricole, avec l’aide de la puissance publique, va sauver en activant collectivement et territorialement des solutions combinatoires ayant un dénominateur commun : l’agronomie.
Retour en arrière. Lors de la campagne 2020-2021, la sole de colza passe sous le seuil critique du 1 Mha et la production de graines sous les 3Mt, un niveau jamais vu au cours des 20 années précédentes et qui hypothèque un peu plus la souveraineté protéique de la France, tout en retirant à bon nombre de producteurs, notamment dans les zones intermédiaires, une tête d’assolement sans « plan B ».
Depuis quelques années, l’oléagineux connaît des difficultés croissantes d’implantation, liées aux épisodes de sécheresse, qui accentuent sa sensibilité aux ravageurs, toujours plus nombreux à s’en délecter que parachève la perspective de retrait du phosmet, effective la veille des semis 2022, sur fond de résistance de l’altise d’hiver et du charançon du bourgeon terminal aux pyréthrinoïdes, comme par hasard dans les zones où le colza est une culture maitresse. 2022, c’est l’année où est échafaudé le Plan de sortie du phosmet. Il réunit de 26 acteurs de la recherche et du développement, publics et privés qui travailleront sur 11 projets de recherche. Les acteurs de la distribution, du conseil et de l’enseignement agricole sont aussi mobilisés, au travers de comités régionaux animés par Terres Inovia, pour capitaliser sur les références acquises sur le terrain, et mettre en œuvre les leviers éprouvés auprès des agriculteurs. Un budget de 6 millions d’euros est alloué au projet, abondé par les fonds Casdar du ministère de l’Agriculture, par Terres Inovia et Sofiprotéol avec les cotisations interprofessionnelles (CVO) de la filière des huiles et protéines végétales, par INRAE, et par les contributions des firmes et des semenciers.
4 leviers prioritaires
Le 24 mars dernier, les acteurs du Plan ont rendu leur copie au cours d’un colloque de restitution : 4 leviers d’action sont ressortis comme déterminants.
- optimiser les pratiques d’implantation (semis précoce, association avec des légumineuses, fertilisation minérale au semis ou apport de matières organiques, maîtrise de la densité de semis, adaptation du travail du sol) en vue d’obtenir un colza robuste moins sensible aux bioagresseurs et caractérisé par une levée précoce, une croissance dynamique et continue, des pieds vigoureux et un pivot bien développé)
- l’apport d’azote à l’automne favorable à la croissance dynamique du colza et rendu possible sous conditions dans la plupart des régions
- l’intégration d’un critère de « bon comportement vis-à-vis des ravageurs » au classement des variétés,
- la mise en œuvre de la technique des intercultures-pièges pilotées à base de radis chinois pour réduire les populations d’altise d’hiver et les insectes émergeants des parcelles au printemps qui colonisent le colza à l’automne suivant.
Et s’il fallait une preuve du succès du Plan, il n’est qu’à constater l’évolution de la sole de colza. En 2025-2026, elle tutoie les 1,4 million d’ha, affichant une hausse de 11,6% par rapport à al moyenne quinquennale 2021-2025.
Les pistes écartées et celles prometteuses
L’action collective a permis également d’objectiver l’absence d’efficacité de différentes pistes. Ainsi, les tests réalisés avec une sélection de mélanges interspécifiques et variétaux n’ont pas indiqué de plus-value vis-à-vis des ravageurs d’automne par rapport à la variété d’intérêt de colza implantée seule. De même, les premières expérimentations sur six biostimulants n’ont pas été concluantes. Certaines pistes de biocontrôle ont aussi été clôturées. Le Plan de sortie du phosmet a également mis en évidence l’intérêt de nouveaux leviers et dont la mise au point se poursuivra dans le cadre de futurs programmes de recherche, tels que des composés issus de brassicacées aux propriétés attractives et dissuasives vis-à-vis de l’altise ou encore l’identification de deux produits de biocontrôle prometteurs pour limiter les dégâts de l’altise d’hiver
Au plan variétal, a court terme, des génotypes-élites à bons comportements vis-à-vis des ravageurs ouvrent la voie à de nouvelles variétés sur ce critère. A plus long terme, des résistances partielles identifiées parmi les espèces parentales du colza permettront de créer des variétés à meilleur comportement.