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Mardi 24/02/2026

« On remet le manifeste à la ministre ces 15 mesures suffisent à assurer la souveraineté alimentaire » : les filières animales de viande blanche, dévoilent leur plan d’action

Face à une consommation en forte hausse et une production qui décroche, les filières porc, volailles, œufs, lapin et palmipèdes gras présentent un manifeste commun de 15 mesures, sans fioritures, qu’elles jugent indispensables pour reconquérir la souveraineté alimentaire française.

Dans la salle de conférence dans le Hall 1 du Salon international de l'agriculture, les présidents de filières dressent le même constat : les Français mangent de plus en plus de viandes blanches, œufs et palmipèdes, mais la production nationale ne suit plus. « La volaille, en cinq ans, sa consommation a augmenté de presque 25 %. On importe un poulet sur deux », rappelle Jean‑Michel Schaeffer, président de l'interprofession ANVOL. La progression est continue, presque mécanique : près d’un kilo de poulet supplémentaire par habitant et par an depuis 2015.

Voir aussi :pénurie d'œufs en France : pourquoi la 1ère productrice européenne se retrouve avec des rayons vides ?

La filière œufs connaît la même accélération. « Chaque Français a consommé 13 œufs de plus par an en deux ans. C’est du jamais vu », souligne son représentant, Yves‑Marie Beaudet, président du CNPO. La demande grimpe d’environ 5 % par an, mais la production n’arrive pas à suivre. Résultat : des tensions en rayon et une autosuffisance tombée à 95 %, « quatre points perdus en un an ». Le porc, lui, voit sa consommation repartir (+1,8 % en 2024, +2,5 % en 2025), mais sa production recule. « Pour maintenir le niveau actuel, il faudrait créer ou reprendre 100 élevages porcins par an », explique Philippe Bizien, président de l’interprofession Inaporc. Le lapin affronte un défi similaire, aggravé par le départ à la retraite de nombreux éleveurs. Quant au foie gras, la filière a retrouvé ses marchés intérieurs mais reste fragilisée à l’export. « Il faut qu’on garde notre leadership », insiste Fabien Chevalier, président du Cifog.

Dix ans pour reconstruire le potentiel productif

À la demande de la ministre, chaque filière a chiffré ses besoins pour nourrir les Français dans dix ans. Le résultat est un chantier colossal, mais jugé réaliste. Pour la volaille, il faudrait construire 2 200 poulaillers standards et 600 Label Rouge, moderniser la chaîne de valeur et investir 2,8 milliards d’euros au total. « Plus de poulaillers, c’est aussi cinq abattoirs en plus, des fabricants d’aliments, des couvoirs », détaille Jean‑Michel Schaeffer. La filière œufs estime devoir créer un million de place pour des poules pondeuses par an pendant dix ans, soit 575 poulaillers et 1,1 milliard d’euros d’investissements. « Les Français auront besoin de 18 milliards d’œufs. On ne les trouvera pas ailleurs : il n’y a pas de production hors Europe. » Le porc chiffre ses besoins à 5 milliards d’euros, le lapin à 300 millions pour 300 élevages, le foie gras à 250 millions pour 55 créations et 100 reprises annuelles, auxquels s’ajoutent 2 milliards pour moderniser les outils de charcuterie.
« Regardez le chantier qui est devant vous », résume Jean‑Michel Schaeffer. « Mais il y a du développement agricole possible, du développement économique pour nos territoires. »

L’obstacle majeur : un cadre administratif devenu dissuasif

Toutes les filières pointent la même difficulté : la lourdeur administrative. « Aujourd’hui, les éleveurs ont peur d’ouvrir un dossier », alerte l'un des présidents. Les projets mettent trois à cinq ans à sortir de terre, quand ils ne sont pas abandonnés. Les contrôles diffèrent d’un département à l’autre, les dossiers d’aide sont jugés «décourageants», et les réglementations industrielles s’appliquent à l’élevage.
Aujourd’hui, les élevages relèvent du régime ICPE, une réglementation pensée pour encadrer les activités industrielles lourdes. Résultat : des dossiers d’autorisation de plusieurs centaines de pages, des délais de trois à cinq ans, des études d’impact coûteuses et des contrôles renforcés. « On est soumis à des logiques industrielles, ce qui fait des dossiers extrêmement lourds que les éleveurs ne veulent plus porter », résument les filières. Elles demandent donc un régime ICPE spécifique à l’élevage, adapté aux réalités agricoles.
Elles appellent également à mettre fin aux surtranspositions françaises et à ne plus adopter de nouvelles règles sans étude d’impact préalable. « On veut respecter les règles, mais il faut simplifier les délais, les contenus, les contrôles », insistent-elles. La réglementation transport est aussi dans le viseur. « Si elle passe telle quelle, on ne pourrait plus produire », avertit Yves‑Marie Beaudet, président du CNPO, citant des distances incompatibles avec les temps imposés. Les filières demandent des dérogations ciblées, des camions porteurs plus lourds et l’autorisation du 44 tonnes transfrontalier.

Origine, traçabilité, export : reprendre la main

Les filières réclament l’obligation d’indiquer l’origine sur tous les produits, y compris élaborés et en restauration hors foyer. « Aujourd’hui, l’Union européenne nous interdit d’étiqueter l’origine sur ces segments. C’est un vrai scandale », dénoncent-elles. La réglementation impose l’origine de la viande mais pas quand elle est transformée. Les filières œufs, porc, volaille, lapin et palmipède demandent aussi une traçabilité renforcée pour les viandes importées. À l’export, elles plaident pour la régionalisation de la certification, afin de retrouver plus rapidement des débouchés après une crise sanitaire. Et elles s’opposent à tout accord commercial sans clauses miroirs : « On ne peut pas accepter des produits qui ne respectent pas nos conditions de production. »

« On ne demande pas d’argent, on demande un cadre »

Les filières insistent : leur manifeste n’est pas une liste de demandes budgétaires. « Les 15 mesures, c’est très pragmatique. On ne demande pas d’argent. On demande un cadre plus allégé et plus sécurisé. » Elles rappellent que des schémas contractuels existent pour sécuriser les investissements et que les entreprises s’engagent sur la durée d’amortissement des bâtiments. Les 15 mesures qui tiennent sur une double page « suffisent à assurer la souveraineté alimentaire. Il faut redonner confiance aux éleveurs. », martèlent-elles. « On ne se contente pas d’un cri d’alarme, on a fait un écrit d’espoir. »