- Accueil
- « Pas un centime ne manquera à la PAC française ! » la ministre de l'agriculture, Annie Genevard, répond aux demandes du président des Jeunes Agriculteurs, Jocelyn Dubost
Mercredi 16/09/2026
« Pas un centime ne manquera à la PAC française ! » la ministre de l'agriculture, Annie Genevard, répond aux demandes du président des Jeunes Agriculteurs, Jocelyn Dubost
Après l’interpellation du président des Jeunes Agriculteurs sur les aides d’urgence, la future PAC et l’adaptation climatique, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard lui a répondu point par point vendredi 11 septembre aux Terres de Jim, à Metz-Magny. PAC, engrais, GNR, plan CASI, eau, contrats d’avenir et installation : voici les engagements et annonces formulés par la ministre.
Alors que les agriculteurs attendent des garanties sur les moyens de la prochaine PAC et que les conséquences de la sécheresse, de la canicule et des incendies continuent de peser sur certaines exploitations, Annie Genevard a répondu aux demandes formulées par Jocelyn Dubost lors d’une table ronde organisée aux Terres de Jim. La ministre a notamment abordé le budget de la PAC, le soutien aux jeunes agriculteurs, les aides d’urgence, le plan CASI, mais aussi l’accès à l’eau et les contrats d’avenir.
« Pas un centime ne manquera à la PAC française »
Sur la future PAC, Annie Genevard a d’abord voulu rappeler la position défendue par la France sur le prochain budget agricole européen. « Nous, nous concentrons nos efforts, à l’heure actuelle, sur le budget. Il nous faut un budget autonome, il nous faut un budget à la hauteur des enjeux, il nous faut un budget qui ne soit pas moins disant de ce qu’il est aujourd’hui, et s’il pouvait l’être davantage, ce serait bien, compte tenu de l’inflation », a déclaré la ministre. Elle assure que les moyens de la PAC française seront préservés : « Pas un centime ne manquera à la PAC française. Et donc, ça a été dit officiellement, il faut que ce soit redit. Annie Genevard souhaite par ailleurs une politique agricole qui continue d’être commune aux États membres. « Nous voulons une PAC qui aide notamment les jeunes agriculteurs. Nous voulons une PAC qui participe à l’adaptation au changement climatique tout en affirmant la nécessité de continuer à produire. Une PAC qui reste communautaire », a-t-elle affirmé, mais refuse notamment l’idée d’une politique agricole qui varierait fortement d’un État membre à l’autre. « Ce n’est pas une politique agricole à géométrie variable selon les États. Elle doit concerner un socle commun sans quoi chaque pays de l’Union européenne sera en compétition avec son voisin. Et ça, c’est une trahison de l’esprit européen. »
Voir aussi : Terres de Jim 2026, « Aujourd’hui, plus d’excuses ! » Le président des Jeunes Agriculteurs, Jocelyn Dubost, interpelle la ministre de l’Agriculture et Bruxelles
10 % de la PAC pour les jeunes agriculteurs ?
Jocelyn Dubost avait également demandé que les jeunes agriculteurs bénéficient d’une part clairement identifiée de la future PAC. La Commission européenne évoque actuellement 6 %, tandis que les JA défendent un objectif de 10 %. Annie Genevard s’est dite favorable au principe d’un pourcentage inscrit dans les textes. « J’ai dit une PAC au service des jeunes agriculteurs. Je sais que vous êtes très attentifs à ce qu’il y ait un engagement d’un pourcentage déterminé pour le soutien aux jeunes agriculteurs. Je suis d’accord d’inscrire dans le dur ce pourcentage », a-t-elle répondu. Reste à déterminer le niveau de ce pourcentage. « La Commission dit 6, les JA veulent 10. Nous aurons l’occasion de discuter de tout cela dans les mois qui viennent, puisque l’année 2027 sera consacrée à la détermination de la déclinaison européenne et nationale de ces politiques », a-t-elle précisé.
L'attente des aides GNR : « ça n’est pas normal »
Autre demande de Jocelyn Dubost : accélérer l’arrivée des aides dans les exploitations. Le président des JA avait notamment pris l’exemple du remboursement lié au GNR. Annie Genevard a reconnu que les délais de paiement n’étaient pas satisfaisants. « Vous avez déploré le fait que ça tardait à arriver, et je suis d’accord avec vous », a-t-elle déclaré. Puis la ministre a ajouté : « Je me désole de voir que ce guichet que nous avons porté, que le Premier ministre a validé, n’est pas encore complètement payé. Et ça n’est pas normal. » Elle a directement mis en cause la vitesse de traitement des services fiscaux : « Ça veut dire très clairement que la DGFIP, les services fiscaux, ne délivre pas à la vitesse à laquelle ils devaient le délivrer. » Annie Genevard a également confirmé la prolongation du dispositif jusqu’à fin octobre. « L’aide au gasoil non routier, qui est le carburant des agriculteurs, qu’on a mis en place dès le mois d’avril avec le Premier ministre, c’est plus de 50 millions d’euros par mois. D’abord, je voudrais vous confirmer que nous prolongeons jusqu’à fin octobre, et on verra ce qu’il en est fin octobre. »
Aide aux engrais : « je vous ai entendu »
L’une des annonces les plus concrètes de la table ronde concerne l’aide à l’achat d’engrais. Jocelyn Dubost avait alerté la ministre sur le plancher de 750 euros, qu’il jugeait susceptible de laisser de nombreux agriculteurs en dehors du dispositif. Annie Genevard a expliqué avoir pris en compte cette demande. « Monsieur le président des JA, il y a deux jours, vous m’avez dit : Madame la ministre, un plafond, un plancher à 750 euros, ça va laisser de côté trop de monde. Je vous ai entendu », a-t-elle relaté. Elle a ensuite annoncé : « J’ai fait valider hier soir avec le ministère des Comptes publics et Matignon, nous allons abaisser ce plancher à 350 euros de façon à ce qu’il y ait beaucoup plus d’agriculteurs qui puissent être éligibles à cette aide aux engrais. » La France doit bénéficier de 107 millions d’euros de crédits européens pour cette aide. L’État français y a ajouté 38 millions d’euros. « L’Union européenne que j’ai sollicitée, je voudrais remercier très sincèrement le commissaire européen Christophe Hansen, a accepté de mettre 107 millions au pot. […] Nous y avons ajouté 38 millions », a détaillé Annie Genevard.
Voir aussi : Plan engrais, le plancher d’aide abaissé de 750 euros à 350 euros
CASI : « il n’y a pas d’entourloupe dans ce plan »
Le plan CASI, destiné à répondre aux conséquences de la canicule, de la sécheresse et des incendies, a également été largement abordé. Face aux interrogations sur les crédits mobilisés, Annie Genevard a voulu être catégorique. « Je voudrais dire aussi qu’il n’y a pas d’entourloupe dans ce plan. Ce n’est pas de l’argent recyclé. » La ministre revendique près de 1,3 milliard d’euros mobilisés. « Ce milliard 3, c’est de l’argent frais, c’est du vrai argent », a-t-elle insisté. Elle explique que les crédits proviennent de redéploiements réalisés au sein des différents ministères. « Nous ne sommes pas allés le chercher dans la dette, nous sommes allés le chercher dans les autres budgets des autres ministères. Chaque ministère a contribué, en annulant des crédits, à financer ce plan. »
235 millions d’euros pour éviter « que des fermes ne disparaissent »
Parmi les mesures du plan CASI, le fonds de réarmement agricole représente 235 millions d’euros. Annie Genevard précise que cette enveloppe ne doit pas être répartie mécaniquement entre les exploitations. « 235 millions d’euros, à la main des préfets, non pas pour une répartition par hectare, ça n’aurait aucun sens. C’est pour éviter que des fermes disparaissent », a-t-elle expliqué. L’objectif est notamment de permettre aux exploitants les plus touchés de relancer leur production. « C’est pour permettre d’acheter des semences, des plants, du fourrage, en complément de l’assurance et de l’ISN, de façon à ce qu’on puisse relancer la production », a poursuivi la ministre. Elle demande également aux préfets d’accorder une attention particulière aux jeunes installés. « C’est évidemment une priorité pour les jeunes. Je l’ai dit au préfet, j’ai dit : vous mettez les projets des jeunes, les dossiers des jeunes en haut de la pile », a-t-elle déclaré. Le plan prévoit également 355 millions d’euros de dégrèvements de taxes. « On me dit oui mais c’était une politique qui existait avant. Oui, mais elle existait avant mais chaque fois il faut la réalimenter. 355 millions », a répondu Annie Genevard. Elle a également évoqué l’abondement supplémentaire de l’indemnité de solidarité nationale :
« pour atteindre 520 millions d’euros, il faut remettre 400 millions au pot. C’est la solidarité de la nation qui s’exprime. »
Eau : « on a besoin du stockage »
Au-delà de l’urgence, la question de l’adaptation de l’agriculture au changement climatique était également au cœur des échanges. Annie Genevard estime que les réponses devront combiner plusieurs leviers. « On n’a pas de leçons à vous donner, vous le savez, mais il faudra améliorer les pratiques agronomiques pour stocker l’eau dans le sol », a-t-elle déclaré. Le stockage de l’eau ne constitue toutefois pas, selon elle, l’unique solution. « Je suis convaincue que le stockage de l’eau n’est pas la seule solution », a-t-elle précisé. Elle a cité plusieurs mesures prévues par la loi d’urgence agricole, notamment les petites surfaces et les petits plans d’eau dans les zones humides ou encore les petites retenues collinaires. Mais la ministre assume une position claire sur le principe du stockage : « On a besoin du stockage. » Elle s’est également interrogée sur l’évolution du débat public autour de cette question. « Qui aujourd’hui peut aller sur les plateaux (ndlr : TV et les radios) pour oser dire : le stockage de l’eau c’est mal, le stockage de l’eau c’est non ? » Annie Genevard a par ailleurs annoncé que le gouvernement continuerait à travailler sur la simplification des bâtiments d’élevage, la protection des exploitations contre le vol et la régulation du loup.
Contrats d’avenir : « je vais lancer l’appel à projets dans quelques jours »
Jocelyn Dubost avait également demandé que les contrats d’avenir puissent rapidement entrer dans une phase concrète. Annie Genevard rappelle le travail engagé avec les JA.
« Vous avez évoqué les contrats d’avenir. C’est un produit JA. Et nous avons travaillé ensemble, JA + AGenevard, pour donner du contenu à ces contrats d’avenir », a-t-elle expliqué. Selon la ministre, 850 projets ont déjà été recensés dans les régions françaises, représentant plus de 7 milliards d’euros d’investissements privés. La demande des JA est désormais de voir les premiers projets lancés avant la fin de l’année. « Je vais lancer l’appel à projets dans quelques jours et je suis bien convaincue que nous aurons avant la fin de l’année labellisé bon nombre de projets », a assuré Annie Genevard. Elle y voit « une victoire concrète, tangible » qui doit revenir aux Jeunes Agriculteurs.
Installation « il faut les former, il faut les accompagner »
Le renouvellement des générations reste enfin l’un des fils conducteurs de l’intervention de la ministre. Annie Genevard défend notamment le rôle de France Services Agriculture, qui doit constituer un point d’entrée pour les candidats à la reprise d’une exploitation. « France Services Agriculture, c’est un guichet unique dans chaque département qui va accueillir un candidat à la reprise d’une exploitation », a-t-elle expliqué. La ministre veut également que ce dispositif puisse accueillir des candidats qui ne viennent pas du milieu agricole.
« Aujourd’hui, il y a des candidats à la reprise qui ne sont pas issus du monde agricole, qui ne sont même pas issus du monde rural. Donc nous devons absolument accueillir tout type de repreneurs en s’assurant naturellement qu’on ne les emmène pas dans des voies d’impasse. » Pour cela, elle insiste sur l’accompagnement : « Il faut les former, il faut les accompagner, il faut les accueillir. Et dans cette perspective-là, les femmes seront très importantes. » La ministre a enfin pris un engagement sur les moyens consacrés à l’AITA (Accompagnement de l'Installation-Transmission en Agriculture) en 2027. « Je peux vous confirmer aujourd’hui devant vos pairs que je veillerai à ce que les moyens consacrés à l’AITA soient garantis en 2027. Donc j’en prends l’engagement devant vous », a-t-elle déclaré.
« J’ai confiance dans l’avenir de l’agriculture française parce que j’ai confiance en vous »
En conclusion, Annie Genevard a replacé la jeunesse agricole au centre de sa réponse aux JA. « L’avenir, évidemment, est au premier rang de nos préoccupations après la gestion d’urgence », a-t-elle déclaré. Avant de poursuivre : « L’agriculture française a un avenir, bien sûr, et cet avenir, elle a un avenir parce qu’elle a une jeunesse. Je sais que tout ne sera pas simple et vous êtes les premiers à le savoir. » La ministre s’est finalement adressée directement aux jeunes agriculteurs présents à Metz-Magny : « Mais en vous regardant aujourd’hui, en vous écoutant, cher Jocelyn, chers jeunes agriculteurs, j’ai confiance dans l’avenir de l’agriculture française parce que j’ai confiance en vous. » « J’ai confiance en vous », a-t-elle répété, avant de conclure : « Vive les jeunes agriculteurs et vive l’agriculture française. »