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Mercredi 16/09/2026
Zones intermédiaires : le plan anti « no farmer’s land » de la Confédération paysanne
Pour la Conf’, la revitalisation des zones intermédiaires passe avant tout par la redirection des aides Pac au bénéfice d’une relance de la polyculture-élevage, de la diversification des productions et du soutien aux agriculteurs réellement actifs et à la bio. Avec en prime des investissements dans les outils de transformation et les services publics.
Le méga-sinistre climatique de cet été sans précédent, préfigurant un été « ordinaire » en 2100, comme l’a catégorisé Météo-France, va laisser des traces dans les campagnes et dans les bilans de très nombreuses exploitations, et au-delà dans tout l’écosystème agricole, toutes filières confondues. Mais les fermes situées dans les zones intermédiaires (ZI), vulnérables s’il en est, pourraient bien se trouver sur-représentées.
Avant que ces fameuses ZI ne deviennent un vaste no man’s land où, ce que la forêt et le photovoltaïsme auront ménagé de terres arables sera la proie de la faune sauvage (corbeaux, pigeons, palombes, cerfs, chevreuil, sangliers, loup etc.), et qu’un aléa climatique n’aura pas empêché de semer ou de récolter faute de rendement suffisant ou d’incendie, la Confédération paysanne veut faire entendre ses propositions, avant de prêcher dans le désert et en tout cas avant le cadenassage de la Pac 2028-2034. Car la Pac constitue de fait le principal bras armé, aux plans institutionnel et financier, pour déjouer la déprise rampante dans ce croissant-argilo-calcaire et sa sous-fertilité, transpercé par la diagonale du vide et son sous-peuplement.
La Conf’ pose toutefois un préalable. « Le zonage des zones intermédiaires doit aujourd’hui être clarifié afin de mieux correspondre à la réalité des territoires. Une révision et une harmonisation du zonage, fondées sur des critères objectifs, sont donc nécessaires pour que les soutiens publics ciblent réellement les territoires concernés », écrit le syndicat qui considère obsolète le maillage établi par le CGAAER (ministère de l’Agriculture) en 2019 (il y a une éternité climatique) tandis que zonage des MAEC s’avère également lacunaire selon le syndicat.
La relance de la polyculture-élevage sinon rien
Pour la Conf’, la sauvegarde des ZI passe par la préservation des fermes d’élevage et la relance de la polyculture-élevage. Et de plaider pour des MAEC Systèmes ouvertes à l’ensemble des ZI et intégrant notamment les ateliers porcins et avicoles de plein air, des aides couplées animales renforcées et privilégiant les systèmes naisseurs-engraisseurs, herbagers et autonomes ou encore une aide couplée prairie pour remettre de l’élevage herbager dans les ZI dépourvues d’ICHN.
Diversifier les assolements céréaliers et élargie le spectre végétal
Pour contrer le phénomène de spécialisation, ces mêmes MAEC Systèmes doivent aussi selon la Conf’ servir la diversification des assolements, la couverture des sols et l’introduction de légumineuses, s’ajoutant à des aides couplées en faveur de ces mêmes légumineuses, la révision de l’aide couplée maraichage (et son extension à l’arboriculture) ou encore une aide couplée apiculture.
Le levier du futur DABIS dans la prochaine Pac
Pour la Conf’, « les aides de la Pac ne doivent pas financer la non-production, la mise en jachère intégrale, les prairies sans animaux, les productions énergétiques concurrentes de l’usage alimentaire des terres ou les logiques de « chasse aux primes ». Ces dérives touchent particulièrement les zones intermédiaires, où la faiblesse des rendements, l’agrandissement, le recours aux entreprises de travaux agricoles, certains montages sociétaires et l’abandon de l’élevage peuvent transformer l’aide à l’hectare en rente, sans véritable projet de production ».
Justement, la Pac 2028-2034 devrait introniser le « Degressive Area-Based Income Support » (DABIS), un mécanisme se substituant aux paiements directs actuels et reposant sur une aide toujours surfacique mais dégressive, plafonnée et ciblée, c’est-à-dire à dire bonifiant certains systèmes (petites exploitations, zones sous contraintes naturelles) et/ou producteurs (jeunes et nouveaux installés, agricultrices…).
Dans l’objectif de lutter contre l’agrandissement, autre mamelle des ZI avec la spécialisation, la Confédération paysanne milite pour que l’aide de base du DABIS soit forfaitaire et non plus à l’hectare. « L’aide forfaitaire pour les petits agriculteurs constitue un levier important pour encourager la diversification des productions à l’échelle régionale, valoriser les circuits courts et de redynamiser l’économie rurale. Il s'agit d’un signal fort de décorrélation des aides à la taille des fermes », écrit le syndicat, qui attend un renforcement du soutien à l’installation, « avec une attention particulière » pour les femmes.
La Conf’ rejette en revanche l’idée d’une majoration du DABIS ou la création d’une ICHN végétale spécifique aux zones intermédiaires, qui aurait pour effet de « maintenir des systèmes céréaliers en impasse, sans accompagner leur nécessaire transformation. L’objectif n’est pas de compenser des systèmes inadaptés au seul motif qu’ils se situent en ZI, mais de les faire évoluer par la diversification, la création de nouveaux ateliers et la restructuration des fermes », prévient-elle.
Le retour de la MAB en bio
Selon la Conf, les ZI, où « de nombreux céréaliers s’étaient convertis en agriculture biologique pour bénéficier d’une plus grande autonomie et d’un meilleur prix », ont subi de plein fouet le désengagement de l’Etat avec la suppression, décidée en 2018, de l’aide au maintien (MAB), qui s’est ensuivie, à compter de 2021, d’une distorsion de marché entre l’offre et la demande. Selon la Conf’, l’AB peut représenter un levier pour les fermes en zones intermédiaires pour renforcer leur autonomie, réduire leur dépendance aux intrants, préserver la fertilité via les déjections et les effluents, mieux valoriser certaines productions et accompagner la diversification des systèmes. La Conf’ réclame le retour de la MAB, la mise en place d’aides conjoncturelles en cas de crise, la régulation des marchés et transparence sur les prix et les marges dans la chaîne alimentaire, l’ application effective des objectifs de développement de la consommation, en particulier dans la restauration collective et le renforcement des outils publics de structuration et de promotion de la filière.
Moins d’énergie, plus d’outils de transformation et de services publics
Cet appel à la structuration des filières, tout comme son appel à créer un fonds mutuel, solidaire et universel en guise de multirisque climatique, ne se limite pas à la bio, les zones intermédiaires étant dans leur ensemble handicapées par le manque d’outils de transformation, synonymes de valorisation, d’installation-transmission et d’attractivité. La Conf’ ne veut pas abandonner les ZI à la production d’énergies renouvelables (méthanisation, éolien, photovoltaïque) et appelle les pouvoirs publics (nationaux, régionaux, départementaux) à assumer leurs responsabilités en matière de régulation foncière et de contrôle des structures, ainsi qu’à réinvestir dans des services publics de nature à préserver sinon à renforcer l’attractivité des territoires.