- Accueil
- Phephe, l’agricultrice qui défie les clichés : "Oui, je travaille, et oui, je m’amuse”
Mercredi 07/01/2026
Phephe, l’agricultrice qui défie les clichés : "Oui, je travaille, et oui, je m’amuse”
Une endive dans une main, un téléphone dans l’autre : Ophélie Marisy alias Phephe.mrs sur les réseaux sociaux, jongle entre champs et réseaux sociaux. Elle revendique une agriculture où l’on peut être bosseuse, féminine et s’amuser. Une image qui séduit des milliers d’abonnés… mais qui ne plaît pas à tout le monde.
Dans son bureau, un petit espace fonctionnel où les dossiers s’empilent, Ophélie nous reçoit assise sur un canapé. Ses cheveux châtains détachés encadrent son visage, ses yeux soulignés de noir ne lâchent pas son téléphone. “C’est important que j’explique pourquoi je me suis lancée sur les réseaux sociaux.” Sa voix se brise, ses yeux s’embrument. Elle ne souhaite pas interrompre l’entretien. “J'y tiens : ma mère est tombée gravement malade. J’étais confrontée tous les jours à la maladie, j’ai eu besoin d’une soupape de décompression, un moyen de m’évader et je l’ai trouvé grâce à Instagram et à Tiktok.”
Suivie par plus de 21 000 personnes, Phephe.mrs se décrit comme une agricultrice, une sportive, une cavalière, une fêtarde et aussi une maman. A bord de son tracteur, elle parle, plaisante et pousse même des “coups de gueule”, comme elle aime le dire. Ophélie Marisy s’amuse aussi à se parer d’une tenue d’endives à la façon de Joséphine Baker, danser, chanter, partager ses sessions sportives et sa vie de famille.
Voir aussi : GAEC du Saint-Éloi : la chaîne YouTube des éleveurs où les vaches font campagne !
Plaisanter au travail, est-ce interdit aux agriculteurs ?
Mais cette mise en scène de son quotidien n’a pas toujours été comprise. Les critiques ne s’arrêtent jamais : “c’est ça que l’on m’a beaucoup reproché”. Phephe ne cache pas son agacement face aux jugements : “tu ne fais que danser”, “tu ne travailles jamais dans les champs”. C’est frustrant, parce que ça ne me prend que quelques minutes : quand j’ai cinq minutes, je tourne puis je poste ma vidéo.” Il n’y a pas de montage, tout est spontané. Désormais, Phephe fait fi des remarques désobligeantes. Mais elle tient à mettre les points sur les i : “on peut s’amuser tout en exerçant son métier. Je suis sur le terrain, je gère les cultures, l’irrigation, la paperasse, bref je fais mon travail comme tout le monde.”
Des champs isolés au réseau soudé
Pourtant, au-delà des critiques, ses vidéos ont créé un espace inattendu : une communauté, un espace d’échanges. Au début, elle filme pour ne pas s’effondrer sous l’angoisse de la maladie puis “j’ai rapidement trouvé un espace d’entraide”, poursuit-elle. Sur ces posts et vidéos, nombreux sont ceux qui se reconnaissent dans son quotidien et demandent en commentaire des conseils ou partagent leurs expériences. Phephe ouvre également les fenêtres sur la partie invisible du métier, sans faire de démagogie. Elle montre, explique les coups durs, comme ses pommes de terre qui ont subi la météo particulièrement difficile cette année, le forçage des endives ... Ophélie Marisy s'est également faite de précieux amis agriculteurs, eux aussi très présents sur les réseaux sociaux. “ça fait du bien de pouvoir se serrer les coudes et discuter avec des personnes qui comprennent notre métier.”
Voir aussi : Conor l'agricultor et sa famille : qui sème du foin, récolte des likes !
Sa communauté ne se limite pas aux champs : elle touche aussi des familles, des jeunes qui hésitent à se lancer, comment conjuguer vie professionnelle et vie personnelle ? Etc... Cet équilibre, elle l’a eu grâce au soutien et à l’aide de son papa et de son salarié. "Sans eux, jamais je n'aurais pu me permettre de dégager un peu de temps pour moi. Nous fonctionnons avec un roulement pour les congés." Grâce à ce fonctionnement, Ophélie Marisy a reçu de nombreux messages qui lui disaient, “merci de partager ça, j’ai enfin osé prendre des vacances. Car oui, je ne veux pas sacrifier ma vie de famille. Si ça peut aider les autres à se décider à s’autoriser une pause, alors tant mieux”.
Reprise d’exploitation et imposer sa voix
En quelques années seulement, elle a construit son équilibre entre sa vie professionnelle et personnelle. Ophélie Marisy est depuis 11 ans dans le milieu agricole, grâce à son père agriculteur. Il y a 5 ans, elle a franchi le pas et s'est reconvertie. Auparavant, elle travaillait dans le paramédical. Elle en est partie épuisée. “J’en avais marre, je voulais être auprès de mes parents. Je suis très famille.” Et c’est ainsi qu’elle a repris l’exploitation “Je suis la 4ème génération”, dit-elle avec fierté. Depuis 2 ans, elle est à sa compte. Un changement de vie aussi rapide que la lumière ! Mais, elle est aussi la première femme à reprendre le flambeau. “Là encore, on doit se justifier, prouver qu’on peut travailler aussi bien qu’un homme. Comme si le métier se résumait à soulever des charges lourdes !”, dit-elle en levant les yeux au ciel. Et pour s’affirmer encore plus, Ophélie Marisy a été élue, 1ère dauphine du concours Miss Agricole 2023. Un pied de nez aux critiques qui lui reprochent d’être trop féminine et “frivole” ? Être agricultrice aujourd’hui, c’est aussi être communicante, chef d’entreprise, mère de famille et femme. Et tant pis, si ça ne plaît pas !
Demain, Ophélie reprendra son téléphone, posera quelques mots, un sourire, un coup de gueule peut-être. Mais aussi pour montrer son métier, y compris l'invisible : un travail conséquent, du bonheur, une vie de famille à 100 à l'heure et une féminité affirmée.