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Mardi 26/05/2026
Une vague de chaleur inédite pour un mois de mai
La France connaît une vague de chaleur « précoce, remarquable et durable », en lien avec le changement climatique, et pas sans conséquence sur le développement des cultures et le confort thermique des animaux.
Des températures supérieures de +10°C à +15°C aux normales saisonnières, des pointes à 36°C dans les départements de l’Ouest, la vigilance canicule orange déclenchée le 26 mai dans 8 départements de l’Ouest Bretagne, Pays de la Loire, Normandie), et jaune dans 18 autres départements, dont ceux de l’Ile-de France, le tout aboutissant à un indice thermique national supérieur ou égal à 23,4 °C pendant au moins 3 jours, un des deux critères définissant et caractérisant une vague de chaleur (avec l’atteinte de à 25,3°C pendant un jour) : tels sont quelques-uns des paramètres météorologues caractérisant l’Hexagone depuis le 21 mai.
Dôme de chaleur
Depuis cette date, la France est exposée à un dôme de chaleur. « De l’air chaud remonte progressivement sur la France depuis le Maroc, via la péninsule ibérique, ce qui explique les températures plus élevées sur la façade ouest, explique Météo-France. Il reste piégé sous des hautes pressions, dans une situation de blocage atmosphérique. Ces hautes pressions agissent comme un couvercle, qui emprisonne l’air chaud et le réchauffe, par un phénomène de compression . Dans des courants du haut vers le bas, l’air s’affaisse. En étant comprimé vers les basses couches de l’atmosphère, il se réchauffe ».
La vague de chaleur est la plus précoce jamais enregistrée en France, après celle de juin 2023.
« Depuis des années, nous expliquons que le changement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus précoces, explique dans les colonnes du Monde Christophe Cossou, climatologue, directeur de recherche au CNRS. Aujourd’hui, il n’y a pas une vague de chaleur qui n’ait pas été favorisée ou amplifiée par le carbone qui s’accumule dans l’atmosphère. La question n’est plus de savoir si on va dépasser les 50°C en France, mais quand. C’est pourquoi dire que cet événement est inédit, ou que l’on entre en territoire inconnu, ne signifie pas que l’on soit surpris ou perdus ». La climatologue qualifie l’épisode d’« ovni climatique », « un événement sans précédent, millénaire, avec de l’ordre d’une chance sur 1000 de survenir à cette période de l’année, par rapport au climat de 1979-2025 ».
Pour l’agro-climatologue Serge Zaka, « ce type d’épisode n’est pas seulement historique par son intensité. Il l’est aussi par sa précocité. Fin mai, les organismes vivants ne sont pas censés affronter durablement des températures dignes d’un cœur d’été caniculaire (…) Derrière les chiffres, il y a des conséquences concrètes. Les jeunes plantations maraîchères et les potagers récemment mis en terre sont extrêmement vulnérables. Leurs systèmes racinaires encore superficiels ne permettent pas d’aller chercher l’eau en profondeur : en quelques heures, certaines cultures peuvent littéralement brûler sous le rayonnement et l’évapotranspiration intense. Les céréales d’hiver, notamment les orges et les blés précoces actuellement en épiaison ou en remplissage du grain, vont subir des phénomènes d’échaudage massifs. Les arbres et les haies, déjà très avancés phénologiquement après un printemps doux, vont augmenter brutalement leur transpiration. Les sols vont se dessécher à une vitesse spectaculaire. Une végétation encore en croissance maximale, combinée à des journées longues et un soleil très haut, entraîne une évapotranspiration énorme, parfois comparable à celle du cœur de l’été. Les animaux d'élevage vont subir un stress modéré à fort avec deux facteurs aggravants : la durée qui augmente la fatigue corporelle et le caractère soudain et précoce qui n'a pas habitué les corps ».
Cette vague de chaleur constitue un artéfact de plus dans la succession de phénomènes extrêmes, à une fréquence toujours plus rapide si l’on songe aux précipitations record de l’hiver dernier suivies, en avril, d’un déficit pluviométrique de 70% et une température moyenne supérieure de 2,3°C aux normales.


