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Dimanche 09/08/2026
Sécheresse : la FNSEA réclame un « choc de réactivité », la CR un « plan massif et immédiat »
Les deux organisations syndicales pressent le gouvernement de dévoiler les contours du « CASI », le plan global d’accompagnement « Canicule -Sécheresse - Incendies » promis par le ministère de l’Agriculture, alors qu’une sécheresse historique impacte tout le territoire et toutes les productions, sans la moindre « éclaircie » sur le front météo.
A la question : « vous avez une idée de la somme qu’il faut débloquer pour aider l’agriculture française » ? « On parle de plusieurs milliards d’euros », a répondu Arnaud Rousseau sur France Info samedi 8 août. « Ce que nous vivons est une véritable catastrophe, nous avons besoin d’un soutien massif, que ce soit pour l’élevage français qui n’a pas de fourrage, les premières coupes ont été extrêmement faibles, les ensilages de maïs seront nuls dans certaines régions. Les cultures de printemps, je pense notamment au maïs a tournesol, vont avoir des rendements en baisse très important et nous avons besoin en grandes cultures de préparer les prochains cycles d’exploitation, donc oui on parle de plusieurs milliards d’euros », a répété le président de la FNSEA, évoquant une « catastrophe climatique ».
L’année 2026 est partie d’effacer des tablettes les étés 1976, 2003, 2017 et 2022. Selon Météo-France, en date du 6 août, la sécheresse des sols était toujours à « des niveaux records à l’échelle nationale, et généralisée à l'ensemble du territoire ». La conséquence d’un épisode caniculaire particulièrement précoce en mai, suivi de deux vagues de chaleur (17-30 juin, 4-19 juillet) et d’une troisième en cours, entamée le 28 juillet.
Toujours selon Météo-France, juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France, succédant au mois de juin le plus chaud depuis le début des mesures en 1900. « S’il existe un certain nombre d’assurances on sait parfaitement qu’elles ne pourront pas prendre en compte un tel niveau de sinistralité, a dit aussi Arnaud Rousseau. Si nous voulons continuer à produire, il faudra aussi que la solidarité nationale puisse se mette en place. Il en va de l’avenir et de la pérennité d’un certain nombre d’exploitations agricoles, nous ne pouvons pas dans ce contexte tenir avec des formules classiques, nous avons besoin d’un choc de réactivité et il faut qu’il soit rapide ».
Du côté de la Coordination rurale, le ton n’est pas moins alarmiste. « Sans liquidités, nombre d’agriculteurs ne pourront financer les semences, les aliments, les intrants ou les investissements nécessaires pour préparer la prochaine campagne », indique le syndicat dans un communiqué daté du 7 août. La CR réclame un « plan massif et immédiat d’injection de trésorerie », le versement des aides Pac dès le mois dès septembre (alors que le règlement européen fixe au 15 octobre la possibilité de verser 70% des aides du premier pilier et 85% de l’ICHN) et la mobilisation intégrale des fonds de crise agricoles, « avec une enveloppe exceptionnelle à la hauteur des pertes subies par l’agriculture française ». Pour son président Bertrand Venteau, « les agriculteurs n’ont pas besoin de nouveaux constats, ils ont besoin de trésorerie immédiatement ».
Il y a quelques jours, la Confédération paysanne avait listé pas moins de 22 mesures conjoncturelles et structurelles susceptibles d’amortir les méfaits immédiats de la sécheresse et de préparer l’agriculture à ce que l’année 2026 dessine comme être la norme des prochaines décennies.
Si les syndicats partagent les constats, ils divergent sur les solutions d’adaptation. La Conf’ réclame une « bifurcation agroécologique » et appelle à « revenir de toute urgence » sur les dernières dispositions de la loi d’urgence agricole, qui « entérinent des reculs majeurs en matière de gouvernance et de volumes prélevables ». La CR, qui a appelé récemment à braver les restrictions d’irrigation pour « sauver les cultures », veut « un plan hydraulique national d’une ampleur inédite, permettant de créer rapidement de nouvelles capacités de stockage afin de sécuriser durablement l’irrigation des cultures et l’autonomie en eau des élevages ».
De son côté, Arnaud Rousseau a affirmé que « l’adaptation a déjà commencé », évoquant notamment l’évolution des assolements, mais qu’elle « nécessite des investissements lourds, qui ne peuvent pas se faire sur une année », tout en ramenant le débat à l’urgence. « Avant de parler du moyen et du long terme, encore faut-il survivre à cette crise et passer le court terme », a-t-il dit.
En attendant le plan gouvernemental « CASI »
Jeudi 6 août, le ministère de l’Agriculture a annoncé la préparation en cours d’un plan global d’accompagnement « Canicule – Sécheresse – Incendies » (CASI), qui comportera des mesures d'urgence en faveur de la trésorerie des exploitations, des prises en charge de cotisations sociales, des dispositifs de simplification et de dérogation, ainsi que des mesures destinées à faciliter la remise en production des exploitations les plus durement touchées. « Aucun agriculteur ne sera laissé seul face à cette situation » a promis la rue de Varenne, qui a également saisi la Commission européenne pour mobiliser les dispositifs exceptionnels de la Pac.
Le 31 juillet, le gouvernement avait publié un arrêté permettant aux assurances de verser, aux agriculteurs ayant souscrit une assurance climatique, 80% du montant prévisionnel d’indemnité de solidarité nationale (ISN) résultant de la perte constatée par un expert.