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Mercredi 11/02/2026
SNANC : la viande (importée) et le marketing pro-gras pro-sucre à la diète, mais pas les produits ultra-transformés
Le gouvernement a publié la Stratégie nationale alimentation nutrition climat (SNANC), censée réaliser l’accord mets-santé-climat pour l’ensemble de la population. Sa mise en œuvre opérationnelle s’appuiera sur les futures éditions du Programme national pour l’alimentation (PNA) et du Programme national nutrition santé (PNNS).
30% des décès par maladie cardiovasculaire seraient liés à une mauvaise alimentation. L’alimentation représente 24% de l’empreinte carbone de notre consommation totale. 16% de la population française est désormais touchée par la précarité alimentaire. Voilà trois chiffres – officiels – résumant les enjeux de nos choix alimentaires. Pour tenter de les orienter à la baisse, le gouvernement publie ce mercredi la Stratégie nationale alimentation nutrition climat (SNANC) visant à garantir une alimentation saine et durable pour tous à l'horizon 2030. Citée dans le document, la FAO a estimé les coûts cachés du système alimentaire en France à environ 177,5 milliards €, dont 134,3 milliards € liés au fardeau des maladies chroniques liées à l’alimentation, 8,2 milliards € liés aux externalités des émissions de GES, 17,8 milliards € liés au changement d’affectation des terres et 17,1 milliards € aux émissions d’azote.
Issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, la SNANC trouve son fondement dans la loi Climat et résilience promulguée en août 2021. Censée entrer en vigueur le 1er juillet 2023, la SNANC est cependant restée au frigo durant plus de 30 mois, les gouvernements successifs se renvoyant la patate chaude, achoppant sur la viande (« réduction » versus « limitation »), les produits ultra-transformés et encore le marketing, allergisant l’un et/ou l’autre des trois maillons de la chaine alimentaire (élevage, industrie, distribution).
Viande : une limitation ciblant d'abord les importations
S’agissant de la viande, la SNANC préconise une « diversification des sources de protéines », en faisant siennes les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) 2025-2030, en cours d’édition. « Les objectifs nutritionnels et climatiques convergent vers une augmentation de la consommation de produits végétaux (fruits, légumes, légumineuses et fruits à coque) et une limitation de la consommation de viandes et de charcuterie, en particulier importées », lit-on dans le document. La modération de la consommation de viande doit aussi permettre un report vers une viande locale et de qualité, par exemple issue d’un élevage pâturant pour la viande bovine ».
La « réduction » des importations de viande au profit d’une viande locale, durable et de qualité » fera du reste l’objet d’un suivi au fil des ans, qui ne concernera pas la « limitation » de la consommation globale de viande. « Ce rééquilibrage des apports en protéines ainsi que la redirection vers des modèles plus durables peut également permettre de mieux répondre aux enjeux de diversification des productions et de durabilité des systèmes, préservant la biodiversité et les ressources naturelles tout en réduisant l’empreinte carbone de l’alimentation s’il s’accompagne d’une orientation de la consommation vers des produits durables. Ainsi, le maintien de l’élevage extensif fournit de nombreux services écosystémiques tels que la préservation de la biodiversité et la fertilité des sols, tout en assurant la préservation des stocks de carbone et pour les systèmes de pâturage dominant, la lutte contre la déforestation importée et l’autonomie alimentaire du cheptel ».
Marketing alimentaire : 3 leviers incitatifs pour réduire la pression
La SNANC entérine le renforcement de l’encadrement de la publicité « pour des produits non sains » afin d’éviter de promouvoir des comportements alimentaires défavorables à la santé, en particulier des enfants et adolescents. Elle mobilise trois leviers incitatifs, à commencer par la réduction de leur exposition aux publicités et parrainages pour des produits trop gras, sucrés, salés sur les différents médias (traditionnels et numériques), notamment par la mise en œuvre de la Charte alimentaire 2025-2029 et le règlement européen sur les services numériques. « En cas d’insuffisance des dispositions volontaires, une mesure réglementaire d’encadrement du marketing alimentaire dans les médias sera envisagée ».
La SNANC invite par ailleurs les annonceurs à apposer le Nutri-Score et l’affichage environnemental lorsqu’il sera disponible sur les publicités alimentaires dans les différents types de médias et à mobiliser le dispositif des « contrats climats » prévus par la loi Climat et résilience dans les communications commerciales des marques.
Produits transformés : dans l’attente de nouvelles expertises
Si la SNANC concède une limitation de la consommation de viande, il n’en est rien de celle des produits ultra-transformés (AUT) alors que les recommandations du PNNS encouragent à privilégier le « fait maison », les produits de saison et locaux issus de l'agriculture biologique et à limiter les produits ultra-transformés. La stratégie invite à « poursuivre les travaux pour arriver à une définition opérationnelle des AUT et à poursuivre l’expertise sur le sujet des aliments ultra-transformés, notamment la question de leur association avec la santé et les mécanismes explicatifs sous-jacent », en référence à un avis récent de l’Anses. La restauration collective est cependant incitée à transformer ses recettes et former ses cuisiniers « vers l’utilisation de produits moins transformés ».
Les 5 objectifs opérationnels de la SNANC
- atteindre les objectifs de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) à horizon 2030 par une évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du Programme national nutrition santé (PNNS), c’est-à-dire notamment une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes ; une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers et une limitation de la consommation de viandes et de charcuterie, en particulier importées ;
- viser une cible de 12% de consommation de produits bio en valeur et en moyenne pour l’ensemble de la population sur l’ensemble des circuits de consommation ;
- atteindre l’objectif d’achat d’au moins 50% de produits « durables et de qualité », dont au moins 20 % de produits bio, en restauration collective publique et privée tel que prévu par la loi EGAlim ;
- atteindre l’objectif d’une réduction de 50 % du gaspillage alimentaire d’ici 2025 pour la restauration collective et la distribution, et d’ici 2030 pour les autres secteurs par rapport à 2015, tel que prévu par la loi AGEC ;
- atteindre l’objectif d’au moins 80% du territoire couvert par des Projets alimentaires territoriaux (PAT) reconnus de niveau 2 avec des critères renforcés sur les différentes dimensions de l’alimentation durable et favorable à la santé (économique, sociale, environnementale et de santé) ;
- tendre vers plus de 30% pour la part de fruits et légumes dans l’offre de l’aide alimentaire ; atteindre le nombre de 3000 communes bénéficiaires de l’aide à la tarification sociale.