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Dimanche 01/02/2026

Sébastien Lecornu, un Premier ministre entre fourchette et baïonnette

Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est livré à une véritable diatribe contre la nourriture « au bilan carbone et climatique absolument épouvantable », promettant davantage de « radicalité » institutionnelle et un « choc » de productivité au service de notre « sécurité alimentaire » et de notre « indépendance » dans « un monde beaucoup plus brutal ».

« En général les ministres aiment bien annoncer des bonnes nouvelles ou dire qu’on est les meilleurs, moi je suis venu vous dire qu’on n’était pas bon et que ça ne pouvait pas durer. On ne peut pas avoir un milliard d’euros de commande publique de l’Etat par an en matières premières agricoles et alimentaires dont on ne sait pas dire où est-ce que cet argent va ». C’est ce qu’a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu vendredi 30 janvier en conférence de presse, en marge d’une visite d’exploitation agricole à Baigneaux (Eure-et-Loir).

"De la nourriture qui a un bilan carbone et climatique absolument épouvantable"

Le déplacement avait pour thème central l’annonce de la généralisation des contrats d’avenir agricoles, destinés à accompagner, techniquement et financièrement, « les agriculteurs qui se lancent dans une nouvelle culture adaptée au marché et au changement climatique » selon les termes du gouvernement. Mais l’essentiel du discours du Premier ministre a porté sur ce fameux milliard d’euros que l’Etat dépense chaque année en produits agricoles et alimentaires pour approvisionner les cantines dont il a la charge. « Personne ne peut comprendre désormais en 2026 que des euros d’argent public du contribuable, que ce soit le contribuable local ou le contribuable national puisse permettre d’acheter de la nourriture qui a un bilan carbone et climatique absolument épouvantable et qui vient de l’autre bout du monde » a-t-il lancé, évoquant le caractère « complètement surréaliste » du contraste entre « une mobilisation et une unanimité aussi fortes » contre le traité UE-Mercosur et le fait, en même temps que « personne ne se pose vraiment la question de d’où vient tel ou tel morceau de viande , tel ou tel fruit et légume dans son assiette ».

"L’Etat n’a absolument pas montré l’exemple puisqu’il est largement mauvais élève"

Le chef du gouvernement s’est livré lui-même à un exercice de contrition. « L’Etat n’a absolument pas montré l’exemple puisqu’il est largement mauvais élève », avouant que ses services avaient été dans l’incapacité de de lui dire quelle était la part de produits hors-UE du milliard d’euros en question. « Charité bien ordonnée commence par soi-même » a dit celui qui se définit comme un « moine-soldat »

Une injonction bientôt inscrite dans la loi

Quelle que soit cette part de produits hors-UE, elle sera bientôt réduite à zéro, le gouvernement disposant à sa main de deux projets de loi en cours d’élaboration pour l’entériner, à savoir le nouvel acte de décentralisation et la loi d’urgence agricole, annoncée le 13 janvier dernier, avec pour échéance le Salon de l’agriculture pour ses grands axes et le début de l’été pour sa présentation au Parlement. « Ça va nous amener à reprendre complètement en main la commande publique, à devoir aussi punir ou récompenser les acheteurs publics en fonction de ces objectifs », a prévenu Sébastien Lecornu.

"On n’est plus du tout au niveau de radicalité qu’il faut avoir pour être capable de se protéger"

C’est donc l’ensemble de la commande publique, incluant celles des collectivités territoriales, qui sera concernée par ce zéro approvisionnement hors UE. « Ça nous amène quand même à un choc majeur, choc positif mais pour le monde agricole », a dit le chef de gouvernement évoquant le défi à relever, à savoir la « capacité de pouvoir produire de manière régulière prévisible, dans les quantités agréées et contractualisées, être capable d’avoir les outils de transformation, être capable au fond de construire de la sécurité d’approvisionnement ».

« On n’est plus du tout au niveau de radicalité qu’il faut avoir pour être capable de se protéger » a encore dit Sébastien Lecornu, évoquant une « commande publique sympathique » contrastant avec le « monde beaucoup plus brutal » dans lequel nous évoluons.

"L’essentiel malgré tout dans notre histoire, ça reste notre indépendance"

Mais le Premier ministre a aussi dépassé le champ de l’assiette pour évoquer en filigrane d’autres champs de bataille. « J’avais promis quelques ruptures et s’il y en a une, c’est d’arrêter ce décalage préoccupant entre la vie politique nationale, la vie du pays et l’ensemble de la géopolitique qui nous entoure, car parfois je sens quand même malgré tout un petit parfum, pardon de le dire, de d’étrange défaite chez une part des élites du pays et sur lequel je ne me résigne pas. Au fond, il faut désormais que le gouvernement s’occupe, avec l’ensemble de la classe politique et du Parlement et des élus, s’occupe de l’essentiel. Et l’essentiel malgré tout dans notre histoire, ça reste notre indépendance ». Dans « moine-soldat », il y a le soldat qu’est aussi l’ex-ministre des Armées.