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Vendredi 25/09/2026

Solidarité Paysans décrypte la vulnérabilité des fermes à travers 3639 situations individuelles

Publié par Pleinchamp

Selon l’association, les conditions d’exercice du métier se dégradent, exposant la profession à une fragilité et à une précarité toujours croissantes, n’épargnant aucune classe d’âge et aucune filière. Et de réclamer toute une série de mesures « techniques » de prévention et de protection, sans désespérer un changement « programmatique » des politiques agricoles.

Depuis sa création en 1992, l’association Solidarités Paysans a accompagné des dizaines de milliers d’agriculteurs en difficulté, à leur demande expresse, avec un regard croisé (celui d’un binôme accompagnateur) et global, sans jamais juger et sans interférer, in fine, sur le libre-arbitre des requérants. Presque 35 ans plus tard, l’association, qui compte un peu plus de 100 salariés (111) et 10 fois plus de bénévoles (1315), disséminés dans 88 départements, publie son premier « Observatoire des difficultés en agriculture ».

« Les conditions d’exercice du métier d’agriculteur se dégradent, exposant les paysans et paysannes à une fragilité toujours croissante », lit-on dans le rapport, rendu public le 23 septembre. Il repose sur l’analyse de 3639 situations personnelles, soit 88% des accompagnements assurés par l’association en 2025. Une vaste cohorte majoritairement constituée d’hommes (71%), de tous âges, de toutes situations matrimoniales, de tous systèmes d’exploitation (taille, statut…). Bref, un corpus autre que sondagier et peu suspect de biais… et établi avant la sécheresse 2026, sans précédent et sans fin.

10 causes de difficultés auscultées, l’économie en tête

De la structure d’exploitation au conflits internes, en passant par les problèmes familiaux, de santé, les problèmes techniques, économiques, administratifs, l’étude ausculte 10 causes de difficultés. Sans surprise, les problèmes relevant de l’économie (conjoncture, investissement-financement) se placent en tête des difficultés relevées, avec une prégnance plus forte chez les hommes (35,2% des situations pour ces deux causes) que chez les femmes (26,8%), problématique talonnée chez ces dernières par les problèmes familiaux (13,7%) et de structure d’exploitation (organisation, taille, moyens, contraintes…) (13,1%), tandis que les hommes citent en suivant la gestion administrative (12,7%, 10,8% chez les femmes) et les problèmes de santé (11,8%, 10,7% chez les femmes).

Les difficultés économiques se placent également en tête chez les installés de moins de 5 ans (34,9%), précédant celles liées à la structure d’exploitation (16,2%), la gestion administrative (13,6%) et le juridique (10,4%).

L’isolement, un facteur aggravant

« Sortir de l’isolement, être entendue et épaulée est souvent le premier besoin de la personne qui fait appel à nous », relève l’association. Les situations d’isolement familial (célibat, divorce, veuvage), qui concernent 45,6% des accompagnements, constituent « une question centrale dans les conditions d’exercice du métier » et « renforcent des difficultés déjà existantes sur les fermes, économiques notamment, et exacerbent l’épuisement professionnel, les problèmes de santé physique et psychique ». Les exploitants isolés sont ainsi davantage exposés à des problèmes de santé et à des problèmes familiaux (12,9% des situations rencontrées contre 5,18% chez les couples), traduisant des difficultés de transmission d’une ferme, de séparation difficile ou des choix divergents au sein d’une famille. Au plan économique, ils sont également sur-représentés, avec 15,45% des situations contre 9,8% pour les couples, Solidarité Paysans faisant part de « problèmes ponctuels de comptabilité ou d’une appréhension plus profonde face à la dématérialisation grandissante des démarches administratives et à l’inflation des normes et des contrôles ».

Aucune personne, aucun système immunisés

Les couples ne sont évidemment pas épargnés par les difficultés. « Le développement du travail extérieur pour l’un des partenaires, affirmation de projets professionnels autonomes et souvent élément indispensable aux revenus familiaux, amène des difficultés importantes face à la gestion économique et administrative des fermes ».

Comme on pouvait le présumer, aucune personne n’est immunisée, qu’il s’agisse des jeunes installés, des femmes (elles représentent 28,7% des accompagnements) ou encore des exploitants en fin de carrière (38,2% des accompagnements), ces derniers étant rattrapés par des problématiques de santé, de transmission patrimoniale et de gestion administrative.

12,5% des exploitants accompagnés au RSA

Pas plus qu’aucun système, produisant ou non sous label, sous forme sociétaire ou non, en petite, moyenne ou grande exploitation. Cependant, pour Solidarité Paysans, « les phénomènes d’agrandissement mettent en tension les structures juridiques des fermes, notamment lorsqu’elles sont menées par une structure familiale ». Résultat : le taux de pauvreté des agriculteurs est parmi les plus élevés de toutes les catégories socio-professionnelles, affirme l’association, qui comptabilise 12,5% de bénéficiaires du RSA parmi les exploitants qu’elle suit..

L’appel à des mesures de protection et de prévention

Pour contrecarrer ces vulnérabilités, Solidarité Paysans réclame de « véritables politiques publiques protectrices », ciblant notamment la lutte contre l’isolement et l’épuisement professionnel (soutien des dynamiques collectives de solidarité, renforcement des dispositifs spécifiques de solidarité agricole des communes et intercommunalités, garantie d’un accès au service de remplacement et à l’aide au répit, reconnaissance du rôle des associations d’accompagnement) ainsi que l’accès aux soins, via le financement des services publics de santé de proximité, le renforcement de l’information et prévention dans les fermes, l’amélioration de la prise en charge de maladies professionnelles.

L’association demande également une facilitation de l’accès aux droits, aux aides et aux revenus socialisés, comprenant la simplification des exigences comptables et de l’accès au RSA, le renforcement des droits de retraite et des dispositifs de transition, l’accompagnement face à l’illectronisme et aux difficultés administratives, la garantie d’un libre choix des modes de relation avec l’administration, le développement des dispositifs de financement public et des garanties face aux risques climatiques et sanitaires. Solidarité Paysans réclame également une facilitation de la protection de la justice en cas de difficultés économiques, prenant la forme d’une exception agricole dans le traitement des difficultés des entreprises, d’une protection stricte de la maison d’habitation en cas de liquidation judiciaire et d’un accès facilité aux aides pour les entreprises en redressement judiciaire.

Pour un « revenu digne et un changement de modèle »

Au-delà de ces mesures protectrices, Solidarité Paysans appelle à un « changement de modèle », de nature à « garantir un revenu digne » aux agriculteurs. Outre un meilleur accompagnement à l’installation, le développement de la formation continue et l’accès à dispositifs neutres et indépendants de conseil et d’accompagnement, l’association attend des « réformes d’ampleur pour aller vers une agriculture viable et soutenable », ce qui passe par des garanties sur la transparence sur les prix et une juste répartition de la valeur au bénéfice des producteurs, le soutien massif à la bio et à l’émergence de filières territoriales permettant de développer les circuits courts de transformation et de commercialisation, le développement de systèmes plus autonomes et économes face aux enjeux du dérèglement climatique, la réorientation des aides de la Pac vers la sécurisation des revenus,  une réforme foncière préservant et partageant la terre ou encore une réforme des dispositifs d’exonération fiscales et sociales. « Alors que le pays fera dans les prochains mois des choix démocratiques importants, nous souhaitons contribuer par ce premier rapport au débat public sur l’agriculture et surtout sur la manière dont nous prenons soin de celles et ceux qui nous nourrissent », conclut Solidarité Paysans.