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Dimanche 02/08/2026
À Frebécourt (Vosges), la Meuse à sec, le pont à pieux immergés qui dérive, le maïs qui s’enroule et zéro enrouleur en vue
[Reportage] La petite commune de l’ouest vosgien fait face à une sécheresse pire que celle de 1976 selon son maire, menaçant l’alimentation en eau de la population et l’alimentation en fourrages des troupeaux. « Si ça continue comme ça, il faudra faire des retenues collinaires », devise l’ex-éleveur laitier.
Un double appel à la population : c’est ce que le maire de Frebécourt a lancé à ses 350 administrés le 1er août. Le premier, sous forme de tract, est un appel à la sobriété, face aux menaces pesant sur l’alimentation en eau. « Pour le moment, il n’y a pas de menace mais je préfère prendre les devants », explique Yvon Humblot.
A 15 km de là, la commune de Liffol-le-Grand (Vosges) a déjà réduit la pression, face à un risque avéré de pénurie. « On peut toujours faire venir de l’eau par camion mais au prix de l’eau en bouteille », prévient l’édile, pour mieux convaincre ses administrés.
Le second appel est plus étonnant. « J’ai envoyé des SMS pour mobiliser des volontaires afin d’ériger un mini-barrage au pied du pont enjambant la Meuse. Les arches des extrémités avaient leurs pieux en bois hors d’eau, de nature à fragiliser un ouvrage d’art édifié avant la Révolution ».
Depuis le 16 juillet, l’intégralité du département des Vosges est placée en situation de « crise », le grade d’alerte le plus élevé en matière de sécheresse et qui en date du 1er août, concernait 65 départements dont quelques-uns intégralement, comme la Creuse, la Haute-Vienne et donc les Vosges.
Ce samedi 1er août, ils étaient une vingtaine d’habitants, (très) jeunes, et moins jeunes, à chausser les bottes pour empiler des cailloux au pied des piles.
Alors que l’enjambement du moindre fossé est aujourd’hui susceptible de déclencher les foudres de l’Administration, bouger trois cailloux dans un fleuve n’engendrait-il pas le risque d’achever de les casser à Cayenne ? Le maire de Frebécourt avait pris soin d’ouvrir son paratonnerre, à défaut de parapluie. « J’ai averti les autorités lors d’une réunion de crise mardi à Neufchâteau [la sous-préfecture], explique l’édile. Je suis tombé sur un responsable de la DDT, très compréhensif, qui m’a recommandé de faire une simple déclaration préalable. Si on fait un dossier d’instruction Loi sur l’eau, on en a pour 2 à 3 mois d’instruction, m’a-t-il dit ». Et là, c’est pas trois cailloux qui allaient retenir le filet d’eau de la Meuse mais le pont écroulé qui allait s’ériger en barrage.
60 bras et deux heures et une boisson rafraichissante plus tard, les pieux des piles étaient de nouveau immergés et le pont protégé. « Je l’ai fait expertiser il y a quelques années, poursuit le maire. Le pont n’est pas suffisamment abimé pour bénéficier d’une subvention mais la commune ne dispose pas de 300.000 euros pour financer les travaux ».
Menace de pénurie d’eau au robinet, déstabilisation d’infrastructures (transport, énergie…), fragilisation de l’habitat (retrait des argiles), incendies dévastant les territoires et polluant l’atmosphère… : l’impact des sécheresses pèse de plus en plus lourd dans le quotidien des Français.
« Dans le village, c’est la première fois que l’on observe ce niveau d’étiage de la Meuse un 1er août. C’est une situation que l’on peut observer fin août début septembre. Qu’en sera-t-il dans un mois ? Cette sécheresse 2026 est pire que celle de 1976 et dire qu'il faut s'attendre à en vivre une année sur trois... »
Là, c’est l’ex-exploitant agricole qui parle, et qui s’inquiète pour la profession. « S’il ne pleut pas dans les 15 jours à venir pour remplir les pommes de maïs, on court à la catastrophe », prédit l’ancien éleveur laitier.
Dans un département qui voit les feuilles de maïs s’enrouler mais où il n'y a pas la trace du moindre enrouleur, la menace est sérieuse.
Pour Yvon Humblot, avec le sorgho ou encore la luzerne, le maïs reste une espèce permettant de sécuriser le stock fourrager car les prairies ne sont évidemment pas épargnées. « Même si vous mettez deux vaches à l’ha, si vous ne leur ramenez pas un peu de foin… Si ça continue comme ça, il faudra faire des retenues collinaires ». Avec une DDT aussi bienveillante…





