A l’eau 2050 (7/10) : Dans le Loiret, les petits ruisseaux font les petites réserves - Pleinchamp

A l’eau 2050 (7/10) : Dans le Loiret, les petits ruisseaux font les petites réserves

Dans la région de Montargis, les eaux de drainage et de ruissellement alimentent des bassines, permettant de réduire les prélèvements en période estivale, avec en prime la restauration d’une zone humide. En attendant la restauration de la polyculture-élevage ?

Bien mais peut encore mieux faire : c’est en quelque sorte la mention adressée par la mission conjointe des Conseils généraux de l’agriculture (CGAAER) et de l’environnement (CGEDD) dans un rapport sur le changement climatique, l’eau et l’agriculture à l’horizon 2050. Les ingénieurs des deux ministères délivrent en effet bon nombre de satisfécits aux acteurs de ce territoire de la Beauce, où se côtoient des assolements classiques colza-blé-orge « à bout de souffle » aux côtés de cultures à plus forte valeur ajoutée (betterave, pomme de terre, oignon, légumes de conserve...), moyennant le plus souvent le recours à l’irrigation.

La première vertu de cette zone agricole de 10.000 ha, située sur le bassin versant du Puiseaux et du Vernisson, ne relève ni de l’hydrologie ni de l’agronomie mais d’un acte politique et collectif, consistant à mettre en place un Projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE).  

Sous l’autorité d’un comité de pilotage (ici le Schéma d’aménagement et de gestion des eaux « nappe de Beauce »), un projet de territoire vise à faire respecter la gestion quantitative, qualitative, équilibrée et collective de la ressource en eau disponible sur un bassin versant, par tous les acteurs et pour tous les usages (alimentation en eau potable, assainissement, industrie, irrigation, pêche, usages récréatifs...), dans le respect des milieux aquatiques, en s’adaptant à l’évolution des conditions climatiques, et tout en visant à accroitre la valeur ajoutée du territoire. En résumé, il s’agit de fédérer tous les acteurs d’un territoire pour faire naître un consensus et déjouer les risques de blocage, voire de conflit ouvert, ce qui reste largement une gageure à l’échelon national.

Un projet doublement vertueux

C’est pourtant le tour de force des d’agriculteurs qui, après avoir déposé des demandes d’autorisation de création de retenues de substitution, ont abouti à la création du PTGE de Puiseaux-Vernisson. Le mécanisme de la substitution consiste à substituer un prélèvement de 100 volumes dans le milieu (forage dans la nappe) par une réserve de substitution de 80 volumes. Il y a donc au final une diminution des autorisations dans les volumes destinés a l’irrigation mais en contrepartie il y a davantage de sécurisation car les volumes des retenues ne sont pas soumis aux arrêtés de restriction en période d’étiage.

« Le projet est doublement vertueux, relève la mission dans son rapport. Il permet la substitution hivernale à des prélèvements estivaux, réalisés antérieurement dans la nappe de Beauce, avec une réduction de 20% des prélèvements. Le remplissage des retenues projetées doit être assuré par des eaux de ruissellement et, pour moitié, par des eaux de drainage, antérieurement rejetées directement à la rivière ». Sur le bassin concerné, 4 .500 ha sont drainés.

Les données disponibles font ressortir un volume d’eau pouvant être capté sur le bassin de l’ordre de 5,75 millions de m3, un volume non négligeable puisqu’il représente le quart du volume de référence prélevable de la zone (le Montargois).

Le PTGE intègre la restauration de zones humides, d’une surface certes faible (environ 10 ha) et destinée notamment à reconnecter des zones adjacentes aux cours d’eau pour qu’elles redeviennent des zones d’expansion.

Les incidences du changement climatique

Dans ce secteur de la Beauce, les projections du changement climatique à l’horizon 2070 (projet Explore) font état des éléments suivants : augmentation moyenne de la température de 2,3°C (3,8°C en juillet), baisse de la pluviométrie de 46% en juillet, augmentation des précipitations au printemps (+58% en avril, soit 30 mm), hausse moyenne de l’ETP de 23%, augmentation de la fréquence et de la durée des sécheresse. L’impact se fera aussi sentir sur les débits moyens des cours d’eau toute au long de l’année, dans une fourchette comprise entre -9% et -61%. Les débits minimum caractérisant la période d’étiage seront également impactés de manière significative puisqu’une diminution d’environ 40% est attendue.

Ces projections laissent présager une aggravation significative des phénomènes d’étiage sévères sur le bassin. Au cours des 48 années passées, un débit inférieur au Débit objectif d’étiage (DOE) a été enregistré à 29 reprises, avec une fréquence plus importante ces dernières décennies, actant un déficit structurel de la ressource. La qualité de eaux superficielles est jugée médiocre pour des raisons liées à l’assainissement, à l’agriculture et à des déséquilibres hydro-morphologiques. L’état des eaux souterraines est contrasté au sein des deux masses d’eau en présence.

De nombreuses espèces irriguées

Sur le bassin de Puiseaux-Vernisson, l’irrigation représente bon an mal an la moitié des prélèvements, très majoritairement réalisés dans la nappe. L’autre moitié est dévolue à l’assainissement et à la fourniture d’eau potable, les besoins industriels étant inférieurs à 10%. Si l’irrigation sert de nombreuses espèces à valeur ajoutée et sous contrat, citées précédemment, elle s’invite également sur les céréales telles que le blé dur, le blé tendre, l’orge de brasserie et le maïs destiné à l’amidonnerie et à l’alimentation animale.

"Les arrêtés départementaux sècheresse sont très peu contraignants pour les irrigants"

Les surfaces irriguées de céréales à paille ont été multipliées par 8 en 10 ans pour répondre à la demande en eau des cultures lors des printemps chauds et secs qui se succèdent depuis 2010. La mission note que « les arrêtés départementaux sècheresse sont très peu contraignants pour les irrigants, l’arrosage n’étant interdit, en cas de dépassement du seuil d’alerte, que les week-end ». La Chambre d’agriculture du Loiret développe un conseil à l’irrigation avec la mise en place de stations météo automatiques et d’un OAD (Net Irrig).

Des adaptations à la marge

Le modèle agricole du bassin de Puiseaux-Vernisson va-t-il résister aux impacts du changement climatique ? La mission ne formule pas de pronostic mais constate que le « PTGE reste très marqué par la création de ces retenues et leur dimension agricole avec une logique qui relève de l’adaptation à la marge, sans véritable remise en question des systèmes actuels de culture et sans véritable transformation ».

« Ne serait-il pas envisageable de contractualiser avec les Organismes uniques de gestion collective sur une évolution des pratiques et des assolements et ne plus se cantonner à un plan de répartition », s’interroge-t-elle encore. Parmi les évolutions possibles est évoquée l’introduction d’un mode d’élevage transhumant ou « d'élevage de service » caractérisé par une organisation du travail revisitée où l’éleveur aurait une base foncière réduite grâce aux ressources fourragères des exploitations voisines.

La mission ne jette pas l’opprobre sur l’irrigation, qui pourrait notamment s’avérer utile pour sécuriser l’implantation des couverts à l’automne, un point critique sur le territoire, et un fondement de l’agriculture de conservation des sols très largement prônée par la mission. « La pratique pourrait s’avérer payante et globalement économe en eau dans la mesure où elle permettrait de sécuriser la récolte à suivre, y compris dans des conditions climatiques peu favorables ».

La mission est cependant consciente que les marges de manœuvre pour s’engager dans la transition sont limitées :  en 2019, 15 à 30% des exploitations du Loiret suivies par le réseau CER France ont des résultats négatifs.

 

Tous les articles de la série :

A l’eau 2050 (1/10) : Vers une stratégie nationale d’adaptation de l’agriculture au climat

A l’eau 2050 (2/10) : Oui à la création de nouvelles ressources... sans irriguer davantage

A l’eau 2050 (3/10) : 4 tirs de barrage entre agriculture et écologie

A l’eau 2050 (4/10) : Moins de maïs et plus d’ACS dans le Sud-Ouest

A l'eau 2050 (5/10) : L'Aveyron tout en réserve(s)

A l'eau 2050 (6/10): Dans l'Hérault, la vigne réclame à boire

A l’eau 2050 (7/10) : Dans le Loiret, les petits ruisseaux font les petites réserves

A l’eau 2050 (8/10) : Le coup de chaud des vergers du Vaucluse

A l’eau 2050 (9/10) : Dans l’Aisne, ça baigne pour les cultures industrielles

A l’eau 2050 (10/10) : à Nantes, des cultures marai...chères en eau