A l’eau 2050 (5/10) : L'Aveyron tout en réserve(s) - Pleinchamp

A l’eau 2050 (5/10) : L'Aveyron tout en réserve(s)

Dans la vallée du Viaur, les systèmes d’élevage basés sur une large autonomie fourragère et les signes de qualité ne souffrent pas de remise en question. Cependant, l’attentisme face aux méfaits du changement climatique interroge. Mais il faut dire que de nombreuses réserves d’eau ne sont pas exploitées.

Situé au sud de Rodez et s’étirant d’est en ouest sur 70 km, le bassin versant du Viaur, un affluent de l’Aveyron, couvre 20% du département. L’agriculture y est chez elle. La SAU couvre 79% du territoire et les agriculteurs, pour ne pas dire les éleveurs, représentent 19% de la population active, la densité de population étant par ailleurs faible (22 habitants au km2). « L’élevage reste le pilier agricole et agroalimentaire du territoire et aucun scenario de rupture n’est envisagé », note un récent rapport sur le changement climatique, l’eau et l’agriculture à l’horizon 2050, établi par les conseils généraux de l'agriculture (CGAAER) et de l'environnement (CGEDD).

« Les élevages bovins ou ovins, fonctionnant avec une large autonomie fourragère, semblent proches de l’optimum agricole, dans le contexte topographique, pédologique, climatique du territoires », observent les auteurs du rapport. Les marques et signes officiels du qualité (veau d’Aveyron et du Ségala notamment) y sont fortement implantés et les agriculteurs « fortement attachés ».

"Jusqu’à présent, les systèmes se sont bien adaptés aux évolutions climatiques"

Au plan hydrologique, le bassin reçoit une pluviométrie généreuse pointant à 1200 mm à l’est et 800 mm à l’ouest tandis que les rivières et lac sont légion. « La pression d’irrigation reste marginale dans un département peinant à s’imaginer en déficit dans les décennies à venir, à la différence des départements situés à l’aval, bien moins favorisés du point de vue climatique et de la ressource mobilisable, estime la mission CGAAER / CGEDD. Jusqu’à présent, les systèmes se sont bien adaptés aux évolutions climatiques ».

Les prémices du changement climatique

Si le constat général est globalement positif, les alertes se font tout de même de plus en plus pressantes. Au plan qualitatif, la ressource en eau est exposée à différentes menaces : mauvaise gestion des effluents, sur-fertilisation, accès direct des animaux aux cours d’eau, pressions phytosanitaires potentielles, notamment herbicides sous les fils de clôtures à proximité des cours d’eau. Sur les 37 masses d’eau superficielles de type rivières, 29 sont exposées à des problèmes d’azote diffus d’origine agricole. Il faut dire que le territoire présente une sensibilité particulière à l’érosion, 37% de la SAU du bassin du Viaur présentant des pentes supérieures à 15%.

"En 2027, les deux tiers des masses d’eau du bassin versant devraient toujours présenter des défauts de qualité"

Au cours des décennies passées, le syndicat mixte du bassin versant du Viaur a mis en œuvre plusieurs programmes d’action, de l’opération Ferti-Mieux en 1995 en passant par des Plans d’action territoriaux (PAT)  et l’opération Agri-Viaur, visant à préserver et reconquérir la qualité des milieux aquatiques. Mais les résultats se font attendre. Selon des projections à l’horizon 2027, les deux tiers des masses d’eau du bassin versant devraient toujours présenter des défauts de qualité, certaines stations d’épuration étant aussi en cause.

Au plan quantitatif, la tension va aussi en s’accentuant. A l’été 2019, plusieurs arrêtés de restriction de type « alerte renforcée », soit un cran en-deçà du niveau de crise, ont été pris, tant pour l’irrigation agricole que pour l’eau potable. A noter qu’une gestion collective des tours d’eau est mise en œuvre chaque année dès le 1er juin quelle que soit l’hydrologie des cours d’eau. « Les systèmes d'élevage de moyenne montagne ne sont pas et ne seront pas épargnés par le changement climatique, les épisodes de sécheresse se multipliant, s’aggravant et s’étendant, avertissent les missionnés. Longtemps limités au sud de l’Aveyron, ils impactent désormais l’Aubrac, ce qui est une nouveauté récente ».

Attentisme et action publique éclatée

Selon la mission CGAAER / CGEDD, la profession ne semble pas encore avoir pris la mesure des impacts à venir du changement climatique. « L'attentisme est le risque qui est le plus à craindre dans l'immédiat, car les changements nécessaires vont prendre du temps », écrit-elle.

"Les fondements agronomiques sont parfois perdus"

« La massification indispensable de certaines pratiques agricoles, pour être efficaces face au changement climatique, est notamment un défi particulier qui n'est pas assez appréhendé à ce stade (...). Les agriculteurs restent encore attentistes en matière d’agriculture de conservation des sols, de rotations culturales, de diversification, même si tout pousse à la spécialisation. Les fondements agronomiques sont parfois perdus ».

La mission s’interroge par ailleurs sur l’efficacité de l’action publique, éclatée entre de multiples acteurs parties prenantes du sujet de l’eau à un titre ou un autre, souvent démunis pour agir en profondeur et exerçant leurs compétences à diverses échelles : Préfet, Région, Département, intercommunalités, agence de bassin syndicat d’eau potable, syndicat mixte de bassin, Organisme unique de gestion collective... « Le système est illisible pour un profane (...) Comme tous les territoires français, l'Aveyron doit donc se doter d'une stratégie d'adaptation, défini en lien avec l’État et la Région, avant engager un plan d'actions opérationnelles approprié ».

Retenues sous-utilisées

Même si l’Aveyron peine à s’imaginer en déficit chronique en eau dans les décennies à venir, la question de l’eau ne laisse évidemment personne indifférent. La tension sur les ressources fourragères causée par les successions de sécheresse pose la question de la création de nouvelles ressources, reposant sur le stockage des pluies habituellement abondantes en automne et en hiver. Mais la crise suscitée par le projet de barrage de Sivens, dans le département voisin du Tarn, fait office de repoussoir et aucune initiative collective n’est à l’ordre du jour.

Il n’y a guère plus d’émulation pour les petites retenues associant un ou plusieurs agriculteurs. Il faut dire que la mission a pointé le fait que près d’un tiers des 2 200 retenues répertoriées sur les bassins versants des rivières Aveyron et Viau n’ont pas d’usage déclaré. Parmi les causes avancées figurent le comblement partiel des retenues, du fait de l'érosion ou de l'eutrophisation interne aux retenues, les difficultés de remplissage liées à une conception hydrologique déficiente ou encore une sous-déclaration des volumes.

Tous les articles de la série :

A l’eau 2050 (1/10) : Vers une stratégie nationale d’adaptation de l’agriculture au climat

A l’eau 2050 (2/10) : Oui à la création de nouvelles ressources... sans irriguer davantage

A l’eau 2050 (3/10) : 4 tirs de barrage entre agriculture et écologie

A l’eau 2050 (4/10) : Moins de maïs et plus d’ACS dans le Sud-Ouest

A l'eau 2050 (5/10) : L'Aveyron tout en réserve(s)

A l'eau 2050 (6/10): Dans l'Hérault, la vigne réclame à boire

A l’eau 2050 (7/10) : Dans le Loiret, les petits ruisseaux font les petites réserves

A l’eau 2050 (8/10) : Le coup de chaud des vergers du Vaucluse

A l’eau 2050 (9/10) : Dans l’Aisne, ça baigne pour les cultures industrielles

A l’eau 2050 (10/10) : à Nantes, des cultures marai...chères en eau