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Vendredi 30/01/2026
Accord UE-Inde : quand l’agriculture n’est pas la variable d’ajustement
[Edito] A 10 jours d’intervalle, l’UE a signé deux accords de libre-échange aux facettes diamétralement opposées et légitimant a posteriori, si besoin en était, l’opposition des agriculteurs européens au traité UE-Mercosur.
Le 17 janvier dernier, la présidente de la Commission européenne signait à Asunción (Paraguay) un accord de libre-échange « historique » entre l’UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay). Le 27 janvier, Ursula von der Leyen était à New Dehli (Inde) pour signer « l’accord des accords » entre l’UE et le sous-continent. Points communs entre les deux accords : plus de 20 ans de négociations suivies d’une accélération subite (non sans lien avec le dynamitage trumpiste du commerce mondial), une vaste étendue de population concernée (respectivement 700 millions et 2 milliards) et un champ d’application couvrant tous les secteurs de l’économie, qu’il s’agisse de marchandises et de services. Deux différences : le traitement réservé au secteur agricole et les non-réactions post-signature.
Produits ultrasensibles
Alors que l’accord UE-Mercosur a défrayé la chronique pendant plus d’un an, alimentant une colère agricole qui ne manquait pas de carburant, l’accord UE-Inde est passé quasiment inaperçu. Mieux : il a reçu le blanc-seing du Copa-Cogeca, organisation représentant agriculteurs et coopératives de l’UE. Et pour cause : les filières agricoles jugées stratégiques par chacune des deux parties ont été exclues de l’accord. Ainsi, les agriculteurs indiens ne seront pas concurrencés par les produits laitiers, céréales, volailles et fruits et légumes des producteurs européens, qui eux-mêmes ne seront pas concurrencés par le bœuf, le sucre, le riz, la volaille, le miel ou encore l’ail de leurs homologues indiens. Pour autant, les deux parties ont trouvé matière à abaisser voire annuler les droits de douane sur des produits moins sensibles tels que, dans le sens UE-Inde, les vins et spiritueux la bière, l’huile d’olive ou encore certains produits transformés.
Le choc des modèles agricoles
Dès l’entame des négociations, l’Inde avait dressé une ligne rouge concernant ses filières agricoles ultra-sensibles, restreignant d’emblée le champ d’application du futur accord. En Inde, pays détenant l’une des plus grandes SAU au monde, l’agriculture emploie 55% des actifs et fait vivre 40% de la population. Ceci explique cela. En outre, 68% des exploitations ont une taille inférieure à 1 ha et un grand nombre sont en économie de subsistance. Au Brésil, où la déforestation ne fait que s’infléchir, 3,2% des exploitations relevant de l’agro-négoce à visée exportatrice exploitent 63% des terres agricoles, le solde étant cultivé par 3,9 millions de producteurs familiaux, dont 2,4 millions classés comme « pauvres », et 1,6 million « très pauvres ». Deux modèles à l’aune desquels les agriculteurs européens sont fondés à ne pas être traités comme des variables d’ajustement.