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Jeudi 29/10/2026
Agriculteurs, comment bien manger quand le travail s'emballe
Moissons, ensilage, traite au petit matin, chantiers d'hiver dans le froid et le noir… Le rythme agricole change au fil des mois, mais l'alimentation, elle, ne suit pas toujours. Louise Zahn, diététicienne-nutritionniste dans le Bas-Rhin, accompagne des agriculteurs et des agricultrices pour adapter leur alimentation aux contraintes du métier, sans culpabiliser.
Des heures assis dans la cabine du tracteur pendant certaines récoltes, des journées à enchaîner les tâches physiques lors des périodes de traite ou de vêlage… L'activité agricole varie considérablement au fil de l'année. Les habitudes alimentaires, elles, bougent peu. « Ce que je repère principalement, c'est qu'il n'y a pas d'adaptation de l'alimentation à ces périodes. Ils fonctionnent de la même manière toute l'année », observe la diététicienne, originaire d'un petit village alsacien en milieu rural. Lors des périodes les plus physiques, les apports doivent pouvoir suivre la dépense énergétique. Le froid et le travail en extérieur ajoutent leurs contraintes. Entre les chantiers à terminer, les animaux à soigner et les imprévus, l'alimentation passe facilement au second plan, avec à la clé des périodes de fatigue plus marquée.
Faire le plein quand le travail s'emballe
Pendant les périodes de forte activité, il peut être nécessaire d'augmenter les quantités. « Si on consommait 100 grammes de féculents cuits, on va peut-être monter à 150 sur les périodes intenses », illustre Louise Zahn. Si l'assiette devient trop copieuse, une autre solution consiste à fractionner davantage les repas. Une collation supplémentaire ou un casse-croûte permettent de répartir les apports sur la journée, sans attendre le soir pour manger suffisamment. La diététicienne compare volontiers les agriculteurs aux sportifs d'endurance, qui doivent eux aussi s'alimenter plusieurs fois pendant plusieurs heures d'effort. Fruits, fruits secs ou oléagineux trouvent ainsi leur place dans la journée. Les produits énergétiques destinés aux athlètes peuvent également être envisagés dans certaines situations, selon l'intensité et la durée de l’effort, comme des gels nutritifs. Le pain d'épices constitue une autre option pratique lorsqu'il faut disposer rapidement d'une source de glucides. Enfin, la logistique compte aussi. « On a aujourd'hui des tracteurs très évolués où on peut embarquer une mini-glacière », rappelle-t-elle. De quoi transporter un yaourt ou un produit laitier à boire.
Le casse-croûte, ça se compose
Encore faut-il savoir quoi emporter. Pour les petites faims, Louise Zahn propose des solutions simples : un jambon-beurre, du fromage, ou du pain accompagné d'un yaourt et d'un fruit. Si ce dernier voyage mal, une compote sans sucre ajouté prend le relais. Les fruits secs ont l'avantage de bien se conserver et de se glisser facilement dans une poche ou un sac. La diététicienne cite par exemple quatre ou cinq dattes accompagnées d'une poignée d'amandes. L'idée est de varier les aliments au fil de la journée : féculents, protéines, matières grasses, fruits et légumes. Les quantités et la fréquence des prises restent à ajuster selon les besoins et les contraintes de chacun.
Le sucre, cet aliment « doudou »
Quand la fatigue s'installe, l'envie de sucre grimpe. Louise Zahn préfère éviter les interdits. « Le sucre, c'est le cerveau qui le demande. C'est un peu l'aliment refuge, l'aliment doudou », explique-t-elle. Plutôt que de supprimer les aliments sucrés, elle conseille de les associer à d'autres. Un fruit avec un yaourt, une compote avec quelques amandes ou noisettes : les protéines et les matières grasses aident à limiter le pic de sucre dans le sang, tout en rendant la collation plus complète.
Le contexte compte aussi. Une collation riche en glucides a toute sa place pendant un effort physique important. Il va être utilisé en énergie et donc il ne sera pas stocké. Lorsque l'activité ralentit, les quantités doivent davantage tenir compte des besoins du moment. Mais impossible de résumer les effets du sucre à une règle unique : ils dépendent notamment de l'alimentation dans son ensemble, des quantités consommées et de l'activité physique. Le principe reste le même : pas besoin de bannir un aliment pour manger équilibré. Le plaisir garde sa place dans l’assiette. Et c'est justement ce que Louise Zahn refuse de sacrifier au nom de l'équilibre alimentaire.
Café, canette et carré de chocolat
En période de rush, le café aide parfois à tenir. Les boissons énergisantes s'invitent aussi lorsque les journées s'allongent. La diététicienne conseille de rester attentif à sa consommation de caféine, de boire son café plutôt sans sucre et de l'accompagner d'un verre d’eau, car le café déshydrate. Côté boissons énergisantes, mieux vaut privilégier les versions sans sucre. Aucune ne remplace toutefois le sommeil ni une alimentation adaptée. Face au stress, Louise Zahn évoque spontanément le chocolat noir, notamment pour sa teneur en magnésium. Elle mentionne également le magnésium et la rhodiole parmi les compléments alimentaires auxquels certains pensent en période difficile. Leur utilisation mérite cependant un avis médical ou pharmaceutique, notamment en cas de traitement en cours.
Voir aussi : guide, bien-être des agriculteurs, et si on en parlait ?
Pas le temps de cuisiner ? Pas grave
Le batch cooking* ne tente pas tout le monde. Et après une longue journée, rares sont ceux qui ont envie de passer une heure en cuisine. Pour Louise Zahn, les plats préparés peuvent dépanner, à condition de les compléter si nécessaire. Une portion de lasagnes s'accompagne d'un fruit, d'un yaourt ou de légumes crus. Un sandwich de boulangerie peut aussi servir de base. Pour ajouter des protéines sans cuisiner, une boîte de sardines ou de maquereaux, un œuf ou quelques tranches de jambon font l'affaire. « Carottes, concombres et autres légumes faciles à croquer crus complètent rapidement l'assiette. Un bon réflexe en hiver, car la vitamine C est en partie détruite par la cuisson.» L'objectif n'est pas de viser le repas parfait à chaque fois, mais de varier les aliments avec des solutions compatibles avec son budget et son emploi du temps.
*Le batch cooking consiste à préparer plusieurs plats à l'avance pour gagner du temps en semaine.
Une affaire de 365 jours
C'est le fil rouge du discours de Louise Zahn : l'équilibre alimentaire ne se joue pas à chaque repas. « Ce n'est pas le hamburger du week-end, les deux semaines de vacances ou les fêtes de fin d'année qui vont mettre à mal toute une année de travail », rappelle-t-elle. La comparaison avec le métier agricole lui vient naturellement. Une mauvaise moisson ne condamne pas une exploitation. De la même manière, un écart ponctuel ne résume pas des habitudes alimentaires. Le carré de chocolat quotidien, elle le juge même essentiel. « Si on diabolise l'alimentation, ce ne sera pas un plaisir et, de toute façon, ça ne fonctionnera pas sur le long terme. » Les envies de sucre varient aussi selon les périodes, notamment au moment des règles. Plutôt que de lutter contre elles, la diététicienne invite à les intégrer dans une alimentation variée. « De toute façon, le cerveau aura le dernier mot », sourit-elle.
On parle volontiers du dos, des articulations ou du bruit des machines lorsqu'il s'agit de préserver la santé des agriculteurs. L'assiette, elle, reste souvent hors du champ de la prévention. Elle pourrait pourtant y gagner sa place, au même titre que le reste de l'outil de travail.
