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Mardi 04/08/2026

Crise climatique : les 22 commandements de la Confédération paysanne

Publié par Pleinchamp

Le syndicat liste toute une série de mesures conjoncturelles et structurelles susceptibles d’amortir les méfaits immédiats de la sécheresse et de préparer l’agriculture à ce que l’année 2026 dessine comme être la norme des prochaines décennies.

« Aucun responsable politique, qu'il gouverne aujourd'hui ou aspire à gouverner demain, ne peut nier les réalités mises en évidence par le dérèglement climatique. L'urgence est désormais d'accompagner la bifurcation agroécologique indispensable que les paysan·nes appellent de leurs vœux ». Telle est la supplique formulée par le Confédération paysanne dans une lettre ouverte adressée à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard le 4 août.

Alors que l’agriculture est partie pour payer très cher les conséquences directes (surmortalité animale, sous-productions animales, sous-rendement de très nombreuses espèces) et indirectes (incendie) de cette année 2026 hors-norme, sinon nouvelle norme, la Confédération paysanne 22 commandements, qui vont de la remise à plat du système assurantiel au reniement de la loi d’urgence agricole toute fraiche émoulue, et pas encore promulguée, en passant par des mesures d’urgence d’ordre socio-économique. « A chaque crise, la concentration des fermes s'accélère, leur agrandissement se poursuit et le nombre de paysan·nes diminue. La force de notre agriculture réside dans sa diversité, sa complémentarité et sa solidarité, comme nous l'avons démontré lors des crises sanitaires ou pendant les épisodes les plus intenses d'incendies », en faisant allusion au mégafeu de Gironde (42.000 ha brulés, 220.000 personnes déplacées, 240 habitations anéanties).

« Des milliers d’agriculteurs venus de nombreux territoires se mobilisent une nouvelle fois aux côtés des sapeurs-pompiers », avait déclaré la ministre de l’Agriculture, louant un « engagement exemplaire ». Mais la Conf’ n’a pas oublié la « logique de concentration au nom de la compétitivité et du productivisme » exprimée par Annie Genevard au dernier salon de l’Agriculture. « Au titre de la compétitivité, ne faut-il pas se poser la question de la taille critique des exploitations ? », avait lancé la ministre lors de son discours inaugural.

Les 22 commandements de la Conf’

Soulager les trésoreries pour passer l’été

• aide forfaitaire et à l’actif de 5000 euros aux fermes ayant subi au moins 30 % de pertes de récolte ou de chiffre d'affaires, avec priorité aux fermes non assurées multirisques climatiques (plus de 80% des fermes françaises)

• aide les fermes touchées par les incendies, non conditionnée à la souscription d’un contrat d’assurance

• suspension des échéances bancaires et des annuités d'emprunt, prise en charge par l’Etat des cotisations MSA

• exonération du remboursement de TVA sur la vente des productions

Réformer le système de prise en charge des pertes causées par les aléas climatiques

• abaisser exceptionnellement le seuil de déclenchement de l'Indemnité de solidarité nationale (ISN) de 50% à 30% de pertes pour les non assurés multirisque climatiques

• aligner le taux d’'indemnisation des non-assurés sur celle des assurés pour assurer 100% de prise en charge des pertes pour tout le monde)

• rendre effectivement éligibles à l’ISN les pertes de productions en maraîchage et en apiculture

• tirer rapidement les leçons de l’échec des trois premières années de mise en œuvre de la réforme de l’assurance récolte et mettre rapidement sur la table une réforme pour la mise en place d’un fonds professionnel mutualisé et solidaire, accessible à toutes les fermes et impliquant tous les maillons de la chaîne agro-alimentaire

Protéger la santé mentale et maintenir l'emploi

• activer une cellule de crise « canicule » dans chaque caisse de MSA assortie de l’aide au répit

• financer des journées de remplacement par l’Etat, via la création d’un nouveau motif « aléa climatique » pour le crédit d’impôt remplacement (qui est aujourd’hui réservé aux éleveurs et éleveuses) ou via l’aide au répit

• activer le dispositif de chômage partiel pour les salariés dans les fermes, y compris aux saisonniers et aux CDD

• assouplir les es règles de pluriactivité pour les paysans en difficulté, qui seraient contraints de compléter leur activité en travaillant à l’extérieur

Répondre aux conséquences directes de la sécheresse et de la canicule sur les cultures et les animaux

• organiser la mise en lien des personnes à la recherche de fourrages ou de céréales avec celles disposant de stock à proposer

• réquisitionner immédiatement et sans dérogation possible les fourrages destinés à la méthanisation lorsque les troupeaux manquent d'alimentation

• permettre le pâturage des terrains incultes

• renforcer les capacités d'équarrissage en période de crise et engager sans attendre la cartographie des emplacements susceptibles d'être mobilisés pour des opérations d'enfouissement d'animaux morts en urgence

• adapter les contrôles administratifs à la réalité climatique et notamment suspendre les contrôles sur les aides couplées en maraîchage

Faire du partage de l'eau une priorité en période de sécheresse

• faire appliquer les arrêtés de restriction des prélèvements pour l’irrigation

• prioriser l'abreuvement des animaux et les productions alimentaires à forte valeur ajoutée et pour lesquelles l’irrigation est une question de survie : maraîchage, pépinières, PPAM, etc

• revenir de toute urgence sur les dernières dispositions de la loi d’urgence agricole, qui entérinent des reculs majeurs en matière de gouvernance et de volumes prélevables

Préparer l'agriculture au changement climatique en finançant l’adaptation

• cibler, dans les critères d’éligibilité des appels à projets lancés par le Ministère, des équipements sobres et qui ne relèvent pas de la mal-adaptation (stockage d’eau, système d’irrigation pour des cultures énergétiques ou destinées à l’export, création et aménagements de bâtiments d’élevage industriel, etc.)

• débloquer des enveloppes pour appuyer prioritairement l’équipement en petit matériel d’irrigation, de protection contre les aléas, de récupération d’eau de pluie sur les bâtiments, notamment pour l’abreuvement du bétail, sans plancher obligatoire et en rendant éligible le matériel d’occasion