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Lundi 23/02/2026

Annie Genevard : « Au titre de la compétitivité, ne faut-il pas se poser la question de la taille critique des exploitations ? »

[SIA 2026] Lors de son discours inaugural, la ministre de l’Agriculture a délivré ses vérités sur les chantiers qu’elle conduit depuis 17 mois rue de Varenne. Et ouvert le débat sur le sacro-saint modèle familial à la française, pas « caduc » mais peinant à « tenir la cadence face à des exploitations roumaines, polonaises ou même allemandes ».

Il y a exactement 17 mois, Annie Genevard était nommée ministre de l’Agriculture à la suite de Marc Fesneau. Elle aurait pu faire sienne la maxime de l’ancien ministre, parlant de son maroquin comme un « ministère des crises ». Le mandat d’Annie Genevard court potentiellement jusqu’à l’élection présidentielle de 2027 mais l’ex-maire de Morteau (Doubs) aura déjà eu droit, en 17 mois, à une crise sanitaire majeure avec l’irruption de la DNC, laquelle a privé le salon de bovins dont la Brahmane martiniquaise Biguine, mais surtout catalysé, avec le Mercosur, un troisième coup de sang hivernal, avec le paroxystique hiver 2023-2024 aboutissant à un soulèvement agricole au SIA 2024.

A propos de l’Europe, et notamment des clauses miroirs, des contrôles à l’entrée des denrées alimentaire et bien évidemment du Mercosur, de nature à générer une « concurrence déloyale », la ministre a affirmé que l’Europe avait « sa part de travail à faire ».

"La compétitivité des fermes françaises décroche aussi face à leurs concurrentes européennes"

Avant d’ajouter : « Je ne me cacherai pas derrière mon petit doigt, la France aussi. Car c’est un fait, si la compétitivité des fermes européennes décroche face aux fermes d’autres continents, la compétitivité des fermes françaises décroche aussi face à leurs concurrentes européennes. J’assume de dire que les fermes françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, ne peuvent pas toujours tenir la cadence face à des exploitations roumaines, polonaises ou même allemandes, bien plus vastes. En aucun cas il ne s’agit de dire que le modèle familial est caduc : il garde sa pleine pertinence. Mais, au titre de la compétitivité, ne faut-il pas se poser la question de la taille critique ? Il faut aussi savoir s’adapter et s’engager dans la simplification de l’installation parfois, pour permettre l’émergence d’exploitations qui, sans cela, ne seraient ni viables ni rentables. Il faut savoir bouger quand le monde autour de nous galope, il faut savoir préparer l’avenir d’exploitations rentables et transmissibles (…) Il faut aussi assumer que le sursaut, la fin de la désagriculture française, implique de "détotémiser" certaines icônes ».

Un rapport du CGAAER compétitivité intra-européenne de trois OTEX

Il se trouve qu’il y a quelques jours, le Conseil général de l’agriculture de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER) a publié un rapport jaugeant la compétitivité intra-européenne de trois OTEX en particulier, à savoir les grandes cultures, les bovins laitiers et la volaille de chair. Conclusions ? « Sans prôner la fin d’un modèle paysan qui conserve toute sa place pour certains marchés, la mission considère que ces résultats confortent un besoin urgent de lever certains blocages sociétaux liés à l’acceptabilité de l’agrandissement des fermes et la création de bâtiments d’élevage pour les exploitations dont la production est en concurrence avec celle d’autres pays ». En ce qui concerne les exploitations céréalières, le CGAAER les juge « performantes à surfaces équivalentes, grâce à une technicité qui leur permet de maximiser le produit par hectare. Des leviers pourraient néanmoins être actionnés pour réduire les frais généraux, trop élevés en raison notamment d’un recours important à la mécanisation, encouragé par la fiscalité française ».

"L’Union européenne se laisse aller : elle prend du gras réglementaire là où elle perd du muscle financier et politique"

En attendant l’éventuelle « détotémisation », la ministre de l’Agriculture a promis de « remettre droit le projet de Pac proposé par la Commission » . « L’Union européenne se laisse aller : elle prend du gras réglementaire là où elle perd du muscle financier et politique » a cinglé Annie Genevard, indiquant que, depuis 2014, la Chine avait augmenté de 40 % le financement de sa politique agricole par habitant, les ÉtatsUnis de 86% et la Russie de 15%. « L’Europe agricole doit d’urgence se remuscler (…) Le président de la République a rappelé avant-hier sa détermination inflexible à défendre le budget de la Pac, pour qu’il ne manque pas un centime aux agriculteurs Français par rapport à l’actuelle programmation. Le Premier ministre l’a confirmée. La Pac restera commune, restera financée à la hauteur des besoins immenses que réclame aujourd’hui l’agriculture, intégrera l’inflation, pour offrir à nos agriculteurs, à vous-tous, les meilleures armes ».