Espaces-test à l'installation (1/4) : Le coup de pouce aux jeunes pousses - Pleinchamp

Espaces-test à l'installation (1/4) : Le coup de pouce aux jeunes pousses

Une cinquantaine d’espaces-test agricoles permettent à des jeunes et moins jeunes de tester leur projet d’installation. Ces structures sont à la croisée des enjeux de renouvellement des générations et de relocalisation de l’agriculture dans les territoires. Les collectivités s’y intéressent de près. Le concept fait des émules en Europe et attire même... des enfants d’agriculteurs.

Un porteur de projet plutôt jeune, parfois bardé de diplômes tout sauf agricoles, et en grande majorité étranger au milieu agricole, autrement dit hors cadre familial : tel est le profil-type d’un « testeur ».

« Un espace-test s’intègre dans la démarche d’accompagnement à l’installation, explique Jean-Baptiste Cavalier, animateur coordinateur national du Réseau national des espaces-test agricoles (Reneta). L’espace-test n’est ni un lieu de formation, ni un lieu de découverte. Il y a un avant et il y a un après. Avant, le porteur de projet se sera formé et aura commencé à élaborer son projet d’installation car il passe en général par le Point accueil installation dès son entrée en test, sinon en cours de test. Après, il sera accompagné dans son installation concrète, s'il décide de s'installer. Entre les deux, il va tester ses capacités dans toutes les dimensions d’un chef d’entreprise agricole mais c’est lui-même qui se teste et en aucun cas les personnes qui l’entourent ».

A la fois couveuse et pépinière, l’espace-test offre la possibilité de tester en conditions réelles son projet d’exploitation durant un à trois ans, sans risques financiers.

Les collectivités territoriales au soutien

Les espaces-test sont apparus dans le paysage agricole en 2007, à l’initiative des Adear (Associations pour le développement de l'emploi agricole et rural), des Afip (Association de Formation et d'information pour le développement d'initiatives rurales) ou encore des Civam. Dans certains départements, ce sont les établissements d’enseignement agricole qui ont ressenti le besoin de créer des espaces-test comme un prolongement au BPREA (Brevet professionnel responsable d'exploitation agricole.

En 2012 est né le Reneta, qui fait office de réseau d’échange de pratiques, chaque espace-test conservant son autonomie mais dans le respect d’une charte nationale, le Reneta étant lui-même apolitique et a-syndical. En 2014, la Loi d’avenir pour l’agriculture a marqué une forme de reconnaissance pour les espaces-test, en considérant les hors-cadre familiaux comme un public prioritaire en terme d’installation et de renouvellement des générations.

En 2015, c’est la loi portant sur la Nouvelle organisation territoriale de la République qui a incité les collectivités locales, fortes d’une compétence agricole, à s’intéresser aux espaces-test. « Elles sont de plus en plus nombreuses à s’impliquer dans nos structures », constate Jean-Baptiste Cavalier. « Cette évolution traduit la volonté de s’inscrire dans une agriculture de proximité, créatrice d’emploi, respectueuse de l’Homme et de l’environnement ».

Jean-Baptiste Cavalier, animateur coordinateur national du Reneta, le Réseau national des espaces-test agricoles
Jean-Baptiste Cavalier, animateur coordinateur national du Reneta, le Réseau national des espaces-test agricoles

Pas réservé aux hors-cadre

"Plus de 90% des installations sont pérennisées et sécurisées"

En 2020, le réseau compte 51 structures en fonctionnement, représentant un effectif d’environ 500 testeurs. Une dizaine de structures est par ailleurs en cours de création. Le Reneta s’apprête à mettre en place un observatoire destiné à analyser le parcours des testeurs. « Les deux tiers d’entre eux s’installent après leur passage en espace-test, indique Jean-Baptiste Cavalier. Un sur dix, intéressé par le travail de la terre mais pas par la dimension entrepreneuriale, opte pour le salariat. Environ 15% abandonnent leur projet d’installation et 5 à 10% restent dans l’expectative. Toutes les productions, végétales et animales, peuvent être potentiellement testées. Plus de 90% des installations sont pérennisées et sécurisées ».

Le Reneta s’investit par ailleurs sur une autre forme d’accompagnement des agriculteurs que sont les Coopératives d’activité et d’emploi (CAE), instaurées par la loi du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire. Les CAE permettent à des agriculteurs d’être salariés de leur propre entreprise et d’actionner ainsi des droits sociaux (chômage, formation, retraite), plus intéressants que ceux réservés aux exploitants, et notamment en cas de sortie prématurée du métier.

« L’espace-test facilite l’entrée dans le métier des hors-cadre familiaux tandis que la coopérative d’activité et d’emploi est de nature à favoriser, le cas échéant, leur sortie, estime Jean-Baptiste Cavalier. Je précise que les espaces-test accueillent aussi des enfants d’agriculteurs, parfois en rupture du modèle familial ».

Projet européen Newbie

Depuis bientôt 15 ans, les espaces-tests marquent tranquillement leur empreinte dans le renouvellement du paysage agricole, sans tambour ni trompette, et avec les moyens qui sont les leurs. Si leur visibilité et leur force de frappe sont relatives, leur reconnaissance de cesse de s’affirmer.

C’est ainsi qu’il se sont invités dans le débat public ImPACtons dont les conclusions, attendues d’ici à quelques semaines, doivent nourrir le futur Plan stratégique national (PSN) que la France devra soumettre à la Commission européenne dans le cadre de la Pac 2023-2027.

Les espaces-test sont aussi mis en avant par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) qui, dans un avis du 9 juin dernier, préconise d’en multiplier le nombre en les dotant d’un fonds d’amorçage. Les espaces-test passent aussi les frontières et font des émules au sein de plusieurs pays membres de l’Union européenne. Le Reneta a du reste été associé au programme Newbie, qui vise à favoriser l’arrivée de nouveaux entrants dans le secteur agricole.

 

Tous les articles de la série :

Espaces-test à l'installation (1/4) : Le coup de pouce aux jeunes pousses

Espaces-test à l’installation (2/4) : « Les fruits d’une mûre réflexion »

Espaces-test à l'installation (3/4) : « Garder des rêves et perdre quelques naïvetés »

Espaces-test à l’installation (4/4) : « Trois ans, un minimum pour se tester en élevage »