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Mardi 13/01/2026
Salon International de l'Agriculture 2026 : pas de bovins, pas d’égérie et des boycotts, une édition sous tension mais maintenue
C’est désormais acté : le SIA se déroulera sans bovins et sans égérie. Une décision historique, prise à la suite du retrait collectif des organismes de sélection et des éleveurs, malgré des protocoles sanitaires validés. Une décision historique qui veut transformer cette absence en un moment de soutien et de solidarité envers l’agriculture.
Jamais, en plus de soixante ans d’existence, le Salon International de l’Agriculture n’avait ouvert ses portes sans bovins. En 2026, ce sera pourtant le cas. La décision ne résulte pas d’une interdiction administrative : les autorités sanitaires avaient donné leur feu vert, et un dispositif renforcé avait été élaboré pour encadrer la présence des animaux, de leur arrivée à Paris jusqu’à leur retour en élevage. Mais face aux inquiétudes persistantes liées à la dermatose nodulaire contagieuse et aux risques associés au transport, les éleveurs ont tranché : ils ne viendront pas.
Après une dizaine de jours d’échanges avec les organismes de sélection, le choix a été fait de renoncer, à la fois par prudence et par solidarité entre territoires. Même des éleveurs situés en zones indemnes ont préféré s’abstenir, par respect pour ceux plus durement touchés. Une décision que les organisateurs disent regretter, mais qu’ils respectent pleinement. « Quand on élève des animaux de concours pendant des années, on peut comprendre qu’un éleveur refuse de prendre le moindre risque », résume l’un des responsables du dossier.
En solidarité, d’autres races d’espèces annulent leur venue.
L’Organisme de sélection du mouton Charollais a annoncé qu’il ne présenterait pas d’animaux lors de l’édition 2026, une décision prise par solidarité avec les éleveurs bovins, mais aussi pour adresser un signal fort au monde politique et aux pouvoirs publics.Enfin, la Chambre d’agriculture des Ardennes a indiqué boycotter le Salon, dénonçant le contexte actuel et exprimant sa solidarité avec les filières en difficulté. Une décision que regrette Jérôme Despey, président du SIA et du CENECA, “Quel est l'intérêt de boycotter notre propre salon de l'agriculture ? Le SIA est un salon privé qui est fait par des agriculteurs et pour des agriculteurs. En ces temps de crise, on a besoin d’être soutenus”.
Pas de bovins, donc pas d’égérie
L’autre conséquence majeure de cette décision est claire : il n’y aura pas d’égérie du SIA en 2026. Les conditions ne sont pas réunies pour mettre correctement à l’honneur une race bovine. Biguine, la vache Brahman venue de Martinique, devait incarner cette édition et valoriser une race ultramarine, peu connue du grand public. Elle restera donc chez elle. Les organisateurs ont tenu à adresser un message de soutien aux acteurs ultramarins mobilisés autour de ce projet, conscients de la déception générée. L’affiche du Salon, initialement pensée autour de cette mise à l’honneur, sera modifiée dans les prochains jours. « Humainement, il n’était pas envisageable de choisir une autre égérie. Cette année, toutes les races seront symboliquement à l’honneur », assume la présidence du SIA. « Ce n’est pas l’histoire que nous avions prévue de raconter collectivement », reconnaît Jérôme Despey, en adressant un message appuyé de soutien aux acteurs ultramarins mobilisés sur ce projet.
Un choc émotionnel pour le Salon et pour les élevages
Pour Jérôme Despey, l’absence de bovins est « un choc émotionnel ». C’est un coup dur pour les éleveurs qui préparent leurs animaux pendant toute une année, mais aussi pour les familles engagées dans la préparation des animaux. “C’est dur aussi pour les visiteurs, car le Hall 1 est souvent la première étape du parcours. », rappelle Valérie Leroy, directrice du SIA.
Chaque année, le Salon accueille habituellement entre 500 et 600 bovins, mobilise 1 100 exposants, et fait vivre un écosystème de près de 12 000 personnes pendant l’événement. Sans compter les milliers d’enfants qui découvrent, parfois pour la première fois, une vache, un mouton ou un cheval « en vrai ». Une mission pédagogique que les organisateurs jugent essentielle, à l’heure où les racines agricoles s’éloignent d’une partie de la population.
Cette rupture interroge aussi l’avenir des salons accueillant du vivant. Entre grippe aviaire, DNC et autres maladies émergentes, la question de la place de l’animal dans les grands événements agricoles se pose désormais frontalement. Un débat que les organisateurs estiment inévitable dans les années à venir.
Un Salon repensé mais toujours debout
Malgré l’absence des bovins, le Salon de l’agriculture 2026 entend rester fidèle à sa vocation. Cette absence majeure impliquera aussi une réorganisation du programme, afin d’adapter les espaces et les temps forts à cette nouvelle configuration. Mais les visiteurs retrouveront d’autres espèces animales, avec les ovins, porcins et caprins dans le Hall 1, les équins et les ânes dans le Hall 6, ainsi que les chiens et chats. Les concours du Concours général agricole seront maintenus pour ces espèces, tout comme pour les produits, qui demeurent un pilier économique majeur pour les producteurs engagés.
Les autres univers du Salon – cultures végétales, produits régionaux et internationaux, services et métiers de l’agriculture – conserveront toute leur ampleur. L’international sera également au rendez-vous, avec la Côte d’Ivoire comme pays à l’honneur en 2026, illustrant les échanges agricoles et commerciaux entre les deux pays.
« Venir, c’est soutenir » : le fil rouge de l’édition 2026
Face à cette édition particulière, les organisateurs assument un message clair à destination du public. Le slogan est posé : « Venir, au Salon de l’Agriculture, c’est soutenir ». Soutenir l’agriculture, soutenir l’élevage fragilisés par les crises sanitaires, soutenir aussi un événement qui reste, malgré tout, le premier rendez-vous agricole de France. « Ce sera le Salon de la solidarité, de l’écoute et du débat, mais pas des combats », insiste Jérôme Despey. Un lieu où se croisent citadins et ruraux, consommateurs et producteurs, pour mieux se comprendre. Un rendez-vous que les équipes veulent maintenir à la hauteur de son histoire, malgré l’absence symbolique des bovins.
En 2026, le Salon de l’agriculture change de visage. Mais il entend plus que jamais rester un espace de lien entre les Français et ceux qui les nourrissent.
Un Salon maintenu, avec d’autres animaux et quatre grands univers
“Il n’y aura pas de bovins cette année, mais il y aura tout le reste”, précise Valérie Leroy. Les visiteurs retrouveront moutons, porcs, chèvres, ainsi que chevaux et ânes (hall 6), chiens et chats (hall 4), et d’autres animaux dans l’espace international. Les concours du Concours général agricole seront maintenus pour les espèces ovines, porcines, caprines, équines et canines.”Nous avons aussi un devoir vis-à-vis des producteurs”, ils sont environ 20 000 qui viennent au concours général agricole et qui vont avoir une valorisation de leur production entre 18 et jusqu’à 34 %. De plus, comme chaque année, il y aura les cultures végétales et maraîchères ainsi que les interprofessions du vin. Dans le Hall 5, seront regroupés tous les services et métiers de l’agriculture, sous l'étendard “Génération Solutions” avec la mise en avant de la transmission des exploitations, les formations, la technologie au service des agriculteur et des conférences. Pour rappel, le SIA’Pro ouvrira sa 3eme édition à destination des professionnels du secteur.
Le Salon continuera de jouer son rôle patrimonial si cher à l'agriculture et aux Français. C’est un lieu ou les hommes et les femmes sont et font l’agriculture française qui expriment leur métier, leur compétence, leur fierté, et parfois leurs doutes, Et c'est aussi un lieu unique pour les Français, un lieu où l'on vient rencontrer la agriculture, la comprendre, la découvrir, parfois la redécouvrir, conclut le président du SIA et du CENECA.

