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Vendredi 03/04/2026

Le règlement sur la déforestation importée, un passeport pour le soja origine France ?

Publié par Pleinchamp

Une étude commanditée par Sofiprotéol soupèse les impacts du futur règlement sur la déforestation importée (RDUE), entre renchérissement des importations, baisse de la demande intérieure et altération de l’attractivité de l’allégation non-OGM.

Publié au Journal officiel de l’UE le 9 juin 2023, le règlement (UE) 2023/1115 vise à interdire la mise sur le marché ou l’exportation depuis le marché européen de produits ayant contribué à la déforestation ou à la dégradation des forêts après le 31 décembre 2020. Plusieurs fois reportée, sa mise en application est prévue pour le 1er janvier 2027.

La France importe bon an mal an 2,8 millions de tonnes de tourteau de soja pour satisfaire 98% des besoins des filières bovines et volailles de chair principalement, le solde étant assuré par une partie de la production nationale, stabilisée autour de 400.000 tonnes de graines sur une sole de 150.000 hectares. Les importations de soja proviennent à 60% du Brésil, de loin le premier producteur mondial et sujet à caution du fait de la déforestation amazonienne.

Les fabricants d’aliment français n’ont pas attendu le RDUE pour flécher leurs achats vers du soja non-déforestant. En 2022, de leur propre chef, la Coopération Agricole Nutrition animale et le SNIA signaient le manifeste « Zéro déforestation importée », aboutissant en 2024 à une garantie de non-déforestation sur 85% de leurs approvisionnements, non sans s’aventurer dans la jungle de traçabilité. Et non sans en payer le prix.

Evolution de la demande française en tourteau de soja par segment à horizon 2032 (Source : Céréopa)
Evolution de la demande française en tourteau de soja par segment à horizon 2032 (Source : Céréopa)

Selon le cabinet d’études Céréopa, sollicité par Sofiprotéol pour jauger les incidences des évolutions réglementaires, économiques et structurelles sur le marché du soja à horizon 2032, la traçabilité du soja non-déforestant renchérirait son prix de 30€ la tonne. De quoi donner des gousses au soja made in France ? Selon le Céréopa, « le renchérissement à court terme du tourteau de soja offrirait une marge de manoeuvre pour mieux valoriser le tourteau local, qui plus est mieux positionné que la plupart des tourteaux importés sur le critère carbone. Le RDUE ajoute cependant des contraintes de traçabilité pour le soja français alors que le développement de la production de graines est déjà le facteur limitant de l’offre en tourteau de soja origine France ».

Du devenir de l’allégation non-OGM

Selon la Céréopa, la décapitalisation bovine va engendrer une baisse de la demande de tourteau que ne compensera par la hausse induite par la dynamique de la consommation de viande de volaille, allègrement alimentée par les importations, en attendant les effets du futur Plan de reconquête de la souveraineté alimentaire. L’étude anticipe ainsi une baisse de 10% de la consommation intérieure de tourteaux, à 6 millions de tonnes à horizon 2032, à 46% orientée sur le soja, 37% sur le colza et 17% sur le tournesol.

En matière de soja, la France joue dans la (petite) cour du soja non-OGM, qui représente 6% de la demande intérieure et qui est alimentée à 26% par du soja français, notamment dans les filières volailles de chair et laitières à valeur ajoutée. A horizon 2032, en dépit d’une perte d’attractivité de l’allégation non-OGM auprès des consommateurs pointe l'étude, le soja non-OGM origine France pourrait monter en puissance pour atteindre un taux de couverture de 40%.

Les enjeux de la trituration

Selon Sofiprotéol, la production nationale de tourteau va progresser de 17% dans les prochaines années. « Le développement des outils de trituration soutient cette dynamique. Laquelle pourrait même s’amplifier en raison d’une meilleure saturation des outils de trituration. Ainsi, le tourteau français pourrait gagner des parts de marché face au soja non-OGM importé ». « En renchérissant le soja importé, le RDUE ouvrirait ponctuellement une fenêtre pour mieux valoriser le soja local, souligne Manon Sailley, responsable des études économiques chez Sofiprotéol. Mais, restons vigilant collectivement sur la compétitivité de notre filière à l’amont comme à l’aval ».