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Jeudi 30/04/2026
Le repas étudiant à 1 euro, se nourrir à tout prix mais pas pour toute la vie
[Edito] La mesure sociale ne souffre pas la contestation, d’autant moins que le secteur de l’enseignement est le meilleur élève d’Egalim. Mais il ne faudrait pas qu’elle ancre, chez les futurs actifs et parents putatifs, l’idée que l’alimentation n’a pas vraiment de prix.
Depuis 2020, le gouvernement soutient le pouvoir d’achat des étudiants en tarifant 1 euro le repas dans les restaurants des Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires), au bénéfice des étudiants boursiers et précaires. A compter du 4 mai prochain, la mesure sera étendue à tous les étudiants. Le « plein tarif », de 3,3€ va ainsi disparaitre au profit du tarif unique à 1€, dont bénéficiait jusqu’ici un étudiant sur deux, la différence étant prise en charge par l’Etat.
Selon l’IFOP, qui jauge chaque année la précarité des étudiants français pour le compte de l’association Cop1, un tiers (34%) des étudiants saute régulièrement un repas par manque d’argent. Le repas à 1€, accessible le midi ou le soir, et qui comprend un plat principal et, au plus, deux périphériques (entrée, fromage, dessert, fruit), constitue donc une pitance salvatrice pour une très large communauté, ce que le chèque alimentaire, resté sans provision, n’avait pu satisfaire. En prime, le « restau U » donne des gages en termes d’équilibre et de qualité gustative. Ce sont les étudiants eux-mêmes qui l’affirment : selon la dernière enquête (2025) de satisfaction des Crous, 81,4% des répondants le recommandent.
L’enseignement, le bon élève d’Egalim
Les Crous affirment mener « une politique d'achat particulièrement volontariste sur les produits bio et de qualité ainsi que sur l'approvisionnement en France. Le repas à 1 euro proposera des produits labellisés, bio et locaux, cuisinés « maison » par les chefs cuisiniers ». Et on peut les croire. Selon la plateforme officielle « ma cantine », qui collecte chaque année les données relatives aux prescriptions de la loi Egalim, le secteur de l’enseignement est le (très) bon élève de la restauration collective, avec un taux d’approvisionnement en produits durables et de qualité de 38,3% dont 19% de bio, même si l’enseignement supérieur et universitaire est un peu en retrait, avec des taux respectifs de 28,9% et 9%, quand la moyenne tous secteurs confondus (Administration, médico-social, entreprises…) est respectivement de 29,5% et 11,8%. L’enseignement agricole a lui-même de la marge avec des taux respectifs de 26,5% et 10,7%.
Oublier le prix, pas la qualité
Comme s’en défendait récemment le Syndicat national de la restauration collective (SNRC), les cantines ne sont pas le réceptacle du poulet ukrainien ou des viandes du Mercosur. Reste à espérer que les étudiants, une fois dans la vie active, et on l’espère plus argentés, oublieront la référence tarifaire et saliveront sur cette « madeleine » de produits bruts labellisés et dûment cuisinés. Ce n’est pas gagné, tant notre environnement alimentaire, des têtes de gondoles des supermarchés aux écrans publicitaires, en passant par la razzia de fast-food « dégueule » de produits trop gras, trop sucrés, trop salés et ultra-transformés. Et si le mois de mai inaugure la généralisation du repas étudiant à 1 euro à base de produits labellisés, bio et locaux et cuisinés « maison », il marque également l’entrée en vigueur de l’accord UE-Mercosur avec son bœuf à l’arrière-goût d’œstradiol 17β.