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Mardi 17/03/2026
Souveraineté 2035 (3/6) : en fruits et légumes, « un seul marché, une seule règle »
La filière des fruit et légumes, produits frais et produits confondus, accuse un déficit commercial en date de 8,5 milliards d’euros, que la filière met sur le compte d’un défaut de compétitivité par rapport aux concurrents européens.
Le 8 décembre dernier, au marché de Rungis (Val-de-Marne), la ministre de l’Agriculture Annie Genevard sonnait le « Grand réveil alimentaire » et lançait le chantier, pour ne pas dire la bataille, de la reconquête de notre souveraineté alimentaire. « La guerre agricole menace un peu plus chaque jour, il est temps d’agir » avait-elle tonné, appelant la France à « se réarmer ». D’ici à l’été, un Plan national de production et de transformation sera présenté. Il fixera les ambitions portées par les différentes filières et les moyens de les atteindre, en tenant compte des évolutions de marché (offre/demande) mondiales, européennes et nationales, du contexte géopolitique, de l’impact du changement climatique et de la disponibilité des ressources. Sans oublier le déficit de compétitivité intra-européen, « dû à la surrèglementation » au « coût de la main-d’œuvre et de l’énergie » et à « des freins à la mise en place de l’innovation » selon le ministère de l’Agriculture.
En matière de fruits et légumes, quelques chiffres éclairent le contexte. En 2025, le déficit commercial des fruits frais s’est élevé à 3,6Md€ (en hausse de 7,3% sur un an), celui des légumes frais à 895M€ (en hausse de 152% sur un an) et celui des produits transformés à base de fruits et légumes à 4,0Md€ (en hausse de 5,3% sur un an).
Bien que la France soit le 3ème pays producteur européen de fruits et légumes frais (derrière l’Espagne et l’Italie), son taux d’auto-approvisionnement (rapport entre production et consommation) est de 42,9% en fruits (y compris banane, agrumes et exotiques) et de 67,7% en légumes. La situation de la pomme de terre est plus enviable, avec un taux d’auto-approvisionnement de 124%. Mais le bât blesse côté transformation avec un déficit de 200 millions d’euros pour les produits transformés sur la campagne 2024/2025, un segment en croissance qui progresse légèrement au détriment des achats en frais, dans un ratio 31/69 encore largement favorable au frais.
Le constat n’est pas nouveau. En 2023, le ministère de l’Agriculture a lancé le Plan de souveraineté pour la filière fruits et légumes, visant à regagner globalement 5 points d’auto-approvisionnement d’ici à 2030 et enclencher une hausse tendancielle de 10 points d’ici à 2035.
Dans le secteur des fruits et légumes, « l’ambition est de retrouver de la compétitivité pour garantir la sécurité alimentaire sur notre territoire et d’implanter de nouveaux outils de transformation et conditionnement en frais comme en transformé sous condition d’un accès rapide et simplifié », explique Laurent Grandin, président du comité européen des interprofessions fruits et légumes et référent du groupe sectoriel fruits, légumes et pommes de terre des Conférences de la souveraineté alimentaire. « Un seul marché, une seule règle » demande-t-il, en référence aux distorsions de concurrence intra-européenne, en matière du coût du travail et d’accès aux produits autorisés dans l’UE mais pas en France. Sur ce point, les producteurs misent sur le projet de loi d’urgence agricole annoncé en janvier dernier qui sera présenté au Conseil des ministres en avril, et qui abordera aussi la question de l’accès à l’eau, cruciale pour la filière.
Les objectifs à 10 ans de la filière fruits et légumes
- fruits et légumes frais et transformés : gagner 5 points de souveraineté à l’horizon 2030 et engager une dynamique pour atteindre +10 points à l’horizon 2035
- plus spécifiquement pour les pommes de terre : progression de la consommation nationale hors domicile sous forme transformée (produits surgelés, chips, purée) et augmentation de la demande en pommes de terre transformées, soit 0,7 à 1,2 Mt (0,2Mt sur le marché intérieur et 0,5 à 1Mt à l’export), sans augmentation de surface
Les trois projets prioritaires
- promouvoir la consommation de fruits et légumes par l’information et l’éducation du consommateur (promotion générique pour faire connaître les intérêts nutritionnels des fruits et légumes, enjeu de santé publique, éducation alimentaire, campagnes pédagogiques)
- investir pour sécuriser la production et la transformation de fruits et légumes (soutien aux investissements en agroéquipement et à la recherche pour s’adapter au changement climatique, compétitivité industrielle via la modernisation et la décarbonation des outils, faciliter l’installation de nouvelles unités « industrielles » (conditionnement, fraîche découpe, 5e gamme et transformé) pour rivaliser avec nos compétiteurs intra et extra-européens, accompagner l’installation des logements pour les travailleurs saisonniers)
- soutenir l’export des fruits et légumes : renforcer les accompagnements et simplifier l’écosystème entourant l’export (BPI France, Régions, FAM, Business France, CNPA, Medef International, CCI Internationale, Services économiques) pour favoriser le développement des marchés, renforcer les mécanismes d’assurance-crédit pour permettre aux PME/ETI d’engager les premiers courant d’affaires.
