Téléchargez la nouvelle application Pleinchamp !
Dimanche 06/09/2026

Plan d’urgence sécheresse : « Tout pour ça »

Publié par Pleinchamp

C’est peu dire que le Plan « Climat - Adaptation - Sécheresse - Incendies » présenté par le ministère de l’Agriculture le 4 septembre a déçu l’ensemble des organisations professionnelles et syndicales, qui ne voient pas dans le milliard d’euros annoncé le début de résorption d’un méga-sinistre.

« Tout pour ça » : c’est en résumé l’état d’esprit des syndicats et organisations agricoles à l’annonce du Plan « Climat - Adaptation - Sécheresse - Incendies » (CASI), crédité d’un peu plus d’un milliard d’euros, dont la moitié (520M€) pour la seule Indemnité de solidarité nationale, le 3ème étage de l’assurance multirisques climatique (MRC). 330M€ sont fléchés en dégrèvement de TFNB et 225M€ en fonds d’urgence, ou plus précisément de « réarmement », à la main des préfets pour sauver les exploitations en situation critique, qui seraient au nombre de 30.000 à 35.000.

La ministre de l’Agriculture Annie Genevard a évoqué un « plan de rebond » à venir mais sans aucune substance à ce stade, et suspendu au bon vouloir de la représentation nationale via la future loi de finances pour 2027.

AGPB, AGPM, CGB, FOP, UNPT : un milliard d’euros « en trompe-l’œil »

Les associations spécialisées en grandes cultures se disent « en colère », jugeant que le milliard d’euros est très loin des seules pertes subies par les céréaliers, qu’ils estiment à 6,6Md€, et qu’une « large partie correspond à des indemnisations déjà prévues, des reports de charges ou des dispositifs existants ». « Reporter une dette ne recrée pas de trésorerie. Différer une charge ne permet pas d’acheter des semences, des plants ou des engrais. Et indemniser une perte déjà subie ne suffit pas toujours à redonner à une exploitation les moyens de financer une nouvelle campagne », dénoncent les céréaliers, qui réclament 450€/ha de trésorerie directe, sans quoi « les producteurs de grandes cultures abandonneront », à commencer par ceux des zones intermédiaires et à faible potentiel.

Conf’ : un plan « scandaleux » qui laisse « 4 fermes sur 5 sur le carreau »

Pour la Confédération paysanne, qui réclamait l’application du « quoi qu’il en coûte et une aide directe de 5000 euros par ferme impactée, le CASI est un plan « scandaleux » qui laisse « 4 fermes sur 5 sur le carreau », soit les 82% d’exploitations non couvertes par une assurance multirisques climatiques. Pour la Conf’, l’ISN, dotée de 520M€, « c’est des miettes de miettes, car elle se déclenche à partir de 50% de pertes de rendement, autrement dit quand les champs sont totalement ravagés pour une indemnisation de 28% ». Le syndicat réclame des taux respectifs de 30% et 100% et à terme, la mise en place d’un fonds mutuel, solidaire et universel, abondé par l’Etat et toute la chaine de valeur.

La Conf’ estime que le montant global de 1,2Md€ du CASI est « très faible face à l’ampleur exceptionnelle de la crise », mettant dans la balance, le 1 Md€ alloué à l’IAHP en 2021-2022, le 1,2 Md€ alloué chaque année à l’injection du biométhane ou encore le 1,3Md€ en dépenses fiscales au soutien de la mécanisation individuelle. « Ce n’est pas par contrainte budgétaire que le gouvernement abandonne les paysan·nes mais par choix politique ».

CR : pour un « véritable plan de sauvegarde » et une refonte du modèle agricole français »

Pour la Coordination rurale, le gouvernement doit « changer d’échelle » et engager une « véritable plan de sauvegarde de l’agriculture française », en s’attaquant aux « causes structurelles de l’affaiblissement de notre agriculture » et en faisant « des choix dans la dépense publique ». Pour dégager les marges budgétaires requises, la CR prône une « remise à plat de l’organisation administrative de l’Etat », la réduction du « millefeuille administratif » et de la « production normative », les collectivités locales étant invitées à réduire leurs dépenses.

La CR attend une refonte profonde du modèle agricole français de la production à la distribution, reposant sur une meilleure répartition de la valeur, une concurrence équitable, de la cohérence entre politiques agricole, commerciale et environnementale et une rémunération digne, en lieu et place de libre-échange, de sur-réglementation, de hausse des charges et de concurrence déloyale. « La disparition progressive des exploitations n’est pas une fatalité : elle résulte de choix politiques qui peuvent encore être corrigés ».

FNB, FNEC, FNO, FNPL : un plan qui « ignore les éleveurs de ruminants »

Pour les quatre associations socialisées, « les éleveurs ne verront pas la couleur des indemnisations » du fait que l’annonce principale concerne l’abondement du fonds de solidarité nationale et que l’Indice de production des prairies (IPP), qui régit l’assurance, est « dysfonctionnel ». « Si Airbus ne déclenche pas, alors que toutes les prairies de France, de Dunkerque à Perpignan et de Brest à Strasbourg sont jaunes comme un coing, il faut demander à Sophie Adenot [l’astronaute], tant qu’elle est encore dans l’espace, d’aller, soit le régler, soit le débrancher », avait déclaré Hervé Lapie, secrétaire général de la FNSEA lors d’une conférence de presse mercredi dernier.

Outre la réalisation d’enquêtes de terrain ans tous les départements afin d’évaluer la réalité des pertes sur prairies, FNB, FNEC, FNO et FNPL réclament 300€/UGB.

FNSEA : le gouvernement doit « compléter ce plan dans les prochains jours »

Pour la FNSEA, si l’urgence a été « entendue », « le compte n’y est pas » et le gouvernement doit « compléter ce plan dans les prochains jours ». Le syndicat déplore l’absence d’annonce sur l’appui à la trésorerie via l’accès à des crédits bancaires de court terme facilités ou à des reports ou encore l’insuffisance des 20 millions consacrés aux prises en charge de cotisations sociales, rappelant que le plan gel en 2021 avait consacré plus de 170 millions d’euros à cette ligne pour les seuls viticulteurs.

Concernant l’ISN, la FNSEA fait part de « doutes » tant sur le calendrier, les productions concernées que sur le niveau d’indemnisation. « Pour les grandes cultures ou l’arboriculture, aucune reconnaissance n’est actée à ce jour. Et, pour la prairie, l’indice de production à la fin août n’est toujours pas publié par Airbus. A ce stade seules des expertises terrain pourront démontrer la réalité des pertes ».

La FNSEA réclame également la réouverture des négociations commerciales pour que « la hausse des coûts de production agricole se traduise concrètement par une revalorisation du prix payé aux producteurs ».

JA : des « rustines » pour l’urgence et « aucune stratégie » pour l’avenir

« Où sont les financements pour adapter nos exploitations ? Où sont les investissements pour moderniser nos bâtiments d’élevage frappés de plein fouet par les épisodes de canicule ? » ont réagi les JA, qui réclamaient une « contribution générale sur l’impôt » et le report des échéances bancaires. Le syndicat déplore que le CASI fasse impasse sur les mesures d’adaptation des exploitations au changement climatique et que les jeunes installés soient « les grands oubliés de ce plan alors même qu’ils disposent des trésoreries les plus fragiles et qu’ils portent les investissements les plus importants. Ignorer les jeunes aujourd’hui, c’est prendre le risque de fragiliser durablement le renouvellement des générations agricoles ». JA estime que le plan était certes « nécessaire pour soulager les trésoreries » mais le juge « insuffisant » et « incomplet ».

La Coopération Agricole : en attendant un plan de rebond « massif »

Dans un message poste sur Linkedin, le président de La Coopération Agricole Jean-Luc Duval affirme qu’un milliard d’euros « permettra de répondre à une partie de l’urgence » mais que « la vraie bataille commence maintenant », à savoir « préparer la prochaine campagne et mettre la France en capacité de produire ». Il estime que le plan de rebond annoncé à l’issue des Conférences de la souveraineté alimentaire devra être « massif « , « à la hauteur des besoins de réarmement productif, d’adaptation au changement climatique et de transformation » des filières. « Il faut aussi permettre, lorsque c’est nécessaire, d’adapter rapidement les contrats à la réalité des volumes et des coûts », la condition pour que l’agroalimentaire ne reste pas« l’angle mort de la crise », prévient Jean-Luc Duval.

Modef : une aide limitée à 1/10ème des pertes réelles

Le Modef fustige l’assurance récolte, redoutant que les 520M€ ne bénéficient qu’aux 68.000 exploitants assurés. Le syndicat, qui estime que les pertes globales sont 10 fois plus élevées que l’enveloppe allouée, juge que le CASI « ne va pas éviter la faillite des 35.000 exploitations fragilisées » mais au contraire « accélérer la disparition de 50.000 fermes et la décapitalisation massive du cheptel français ». Et de réclamer un Fonds national des calamités agricoles doté de 5Md€ « sans passer par la MRC », une aide directe pour toutes les productions subissant des pertes (300 €/UGB en élevage), l’instauration des prix minimum garantis par l’Etat ou encore le blocage des prix du fourrage, de la paille et des semences de graines fourragères.