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Jeudi 26/03/2026

Caves coopératives : comment sortir du pronostic vital ?

Publié par Pleinchamp

Un rapport du CGAAER formule plusieurs recommandations visant à engager des « restructurations transformantes », dépassant la seule quête d’économies d’échelle et reposant sur le développement des mutualisations, des stratégies commerciales, la contractualisation pluriannuelle ou encore l’investissement dans les compétences.

« Le modèle des caves coopératives a un avenir pour peu qu’il évolue » : telle est la note d’optimisme relevée dans un rapport du Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER) publié à la mi-mars. Il faut bien l’avouer, la phrase est noyée dans un chapelet d’assertions confinant au vin triste, avec des « procédures de redressement judiciaire et de licenciement », un « fort endettement », des « difficultés à rembourser les prêts », la « diminution de 50% et plus des acomptes versés aux adhérents » ou encore la « grande détresse psychologique de certains vignerons coopérateurs ».

Représentant 60% des exploitations viticoles et 45% de la production vitivinicole (hors Cognac), les caves coopératives constituent le bon éthylomètre de la filière. Et sans surprise, il est le miroir d’une filière attrape-tout en déboires : déconsommation, déculturation, surproduction, rétorsion, surtransposition sans oublier les affres du climat et du parasitisme. Avant la récolte 2025, La Coopération Agricole estimait à une centaine (sur 550) le nombre de caves coopératives en difficulté et encore davantage après, les régions les plus affectées étant l’Occitanie, la Vallée du Rhône, la Provence et le Bordelais.

"Face aux difficultés, les caves coopératives jouent le rôle d’amortisseur social"

« Les coopératives viticoles sont considérées comme le prolongement de l’exploitation agricole et visent à maximiser le revenu des vignerons, adhérents-coopérateurs, lit-on dans le rapport. Face aux difficultés, les caves coopératives jouent le rôle d’amortisseur social, reconnu par l’ensemble des interlocuteurs rencontrés (coopérateurs, banquiers, experts-comptables…). Elles doivent cependant arbitrer entre la rémunération immédiate de l’adhérent-coopérateur et la part du résultat d’exploitation à conserver pour investir (modernisation des outils de pressurage, vinification, désalcoolisation, conditionnement, développement de nouveaux marchés). La recherche de cet équilibre est stratégique pour éviter que la cave coopérative et les adhérents-coopérateurs se retrouvent un jour simultanément en difficulté. A terme, il en va de l’attractivité du modèle coopératif et du renouvellement des générations ».

Mentionné, dans le rapport, le président des Vignerons coopérateurs d’Occitanie, Fabien Castelbou, estime que « la rémunération qui devrait revenir au vigneron coopérateur pour qu’il puisse vivre dignement de son métier et réinvestir se situe autour de 5000€/ha. Or, dans la réalité, ce montant est évalué entre 3000€/ha et 4000€/ha. A l’exception de rares bassins viticoles, les difficultés financières des caves coopératives entravent donc leur capacité à verser une rémunération aux coopérateurs couvrant leur coût de revient ».

"Le statu quo n’est pas une option"

Si le rapport rappelle que la création des caves coopératives, à la fin du XIXème siècle, répondait au besoin de mutualiser les outils de vinification et de stockage inaccessibles aux viticulteurs individuels, il invite les structures à « s’engager dans des restructurations transformantes au-delà de la seule recherche de gains d’économie d’échelle », érodées par « les campagnes d’arrachage successives, conjuguées aux difficultés à assurer le renouvellement des générations ainsi que par les conséquences du changement climatique sur les rendements (…) Le statu quo n’est pas une option ». « Il est grand d’agir », ont réagi dans un communiqué les Vignerons Coopérateurs de France, considérant les recommandations du rapport du CGAAER, « dans un contexte de mutations profondes de la filière », comme « une condition essentielle pour accompagner la transformation et la résilience du vignoble ».

Evolution de la part de marché des vins français à l’export (Source : OIV)
Evolution de la part de marché des vins français à l’export (Source : OIV)

La mission du CGAAER a formulé deux types de recommandations : celles s’adressant directement aux pouvoirs publics et qui visent à faciliter la restructuration des prêts, à financer des audits et à soutenir les fusions de caves coopératives et celles qui relèvent davantage des caves coopératives elles-mêmes et qui portent sur le développement des mutualisations, la structuration d’une stratégie commerciale, l’investissement dans les compétences et un meilleur partage de la valeur. A noter que sur les sept recommandations formulées, l’Etat a déjà mis en œuvre la première, à savoir l’ouverture aux caves coopératives des prêts structurels adossés à une garantie de Bpifrance.

Les recommandations du rapport

- rendre les coopératives viticoles éligibles au dispositif dit de « prêt structurel » adossé à la garantie de Bpifrance pour la consolidation à long terme de leur dette, en complémentarité du soutien déjà accordé par les réseaux bancaires. Pour cela, relever le plafond à hauteur de 4M€

- inciter à la réalisation d’audits de performance, par des subventions publiques, assurant une analyse stratégique complète et approfondie des caves coopératives et de leurs unions ainsi que d’analyses de groupe permettant de faciliter les rapprochements et les mutualisations

- accompagner les projets transformants de fusion de caves coopératives viticoles, par des financements publics de soutien à l’exploitation et à l’investissement. Les fonds pourront provenir de l’Etat et des collectivités

- concevoir, négocier et mettre en place des mutualisations dans les différents domaines susceptibles de générer des gains de performance : outils de vinification et de conditionnement, commercialisation y compris grand export, fonctions support, accompagnement technique des vignerons coopérateurs

- structurer des stratégies commerciales permettant de développer des marchés avec des produits profilés, créateurs de valeur pour l’amont viticole, adapter la maquette de l’OCM viticole sur cette priorité et simplifier les demandes d’aide, redévelopper la contractualisation pluriannuelle entre producteur-coopérative et metteur en marché-négoce

- concevoir, renforcer et mettre en œuvre des programmes de formation destinés aux administrateurs, aux salariés et aux vignerons coopérateurs et inciter à monter en compétence en contrôle de gestion, en technique de vinification et en commercialisation

- mobiliser les possibilités réglementaires existantes aux niveaux européen et national pour développer les accords de durabilité, les prix d’orientation et les indicateurs de coût de production favorables au développement de la contractualisation pluriannuelle et à un meilleur partage de la valeur en respectant le principe de subsidiarité en s’inscrivant dans des échelles géographiques permettant de dégager rapidement un consensus , envisager une adaptation ponctuelle d’Egalim et l’extension de l’article 172 ter de l’OCM aux moûts et vins. .....