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Vendredi 28/11/2025
Crise viticole : boire la bouteille à moitié pleine
[Edito] Groggy et noyée sous les stocks, la filière veut croire à des lendemains qui chantonnent, en misant sur elle-même, sur les institutions et sur les Français, qui demeurent viscéralement attachés à un emblème national.
Une nouvelle saignée pour repartir du bon cep : tel est l’objet du nouveau plan d’arrachage définitif annoncé cette semaine par le gouvernement. Si l’UE et son Paquet Vin, présenté par la Commission européenne en mars dernier pour redonner des perspectives à la filière, avalise le projet français, quelque 30.000 hectares pourraient être effacés à court terme de la carte viticole hexagonale, après les 28.000 ha arrachés cette année. En comptant les 8000 ha bordelais, on frise les 10% du vignoble.
L’UE est aussi sollicitée pour puiser dans sa réserve de crise afin d’abonder un programme de distillation, après celui de 2023. « Il ne s’agit pas d’un énième plan d’urgence destiné à corriger un déséquilibre structurel : il s’agit d’un investissement pour redonner un avenir à notre filière viticole et aux agriculteurs », a dit la ministre de l’Agriculture Annie Genevard.
La feuille de route (des vins)
Covid, Brexit, guerre en Ukraine, crise inflationniste, surtaxes Trump 1 et Trump 2, mesures anti-dumping chinoises : depuis 2020, la filière encaisse choc sur choc, que parachèvent l'ivresse du changement climatique et le vertige de la déconsommation. Selon la Confédération nationale des producteurs de vins à appellations d'origine contrôlées (CNAOC), les plus de 65 ans, qui représentent 8% des consommateurs, absorbent 40% des volumes, ce qui laisse augurer une chute de 20% dans les 10 ans à venir. « Nous ne pouvons pas nous résoudre à détruire notre potentiel de production financé par de l’argent public », a réagi la CNAOC, désormais appelée « La Maison des Vignerons », à l’occasion du « Grand Direct » des AOC organisé le 25 novembre. Un brainstorming au cours duquel elle a arraché la page des constats pour écrire celles des actions et « replacer le vigneron au centre d’une stratégie nationale de reconquête ». Dans les grandes lignes, il s’agit de reconquérir le consommateur en lançant une « campagne de communication commune pour moderniser l’image de nos vins et spiritueux », de mettre en place des outils de régulation « construits avec le négoce », d’en finir avec les « 9 heures par semaine de paperasse » ou encore de planifier, avec l’INAO, « une relecture nationale de tous les cahiers des charges des AOC ».
Le verre à moitié plein
Autant de perspectives qui permettent d’entrevoir le verre à moitié plein. Et il y en a d’autres, telles les ventes de vin bio, par exemple, qui progressent toujours, en valeur et en volume. Ou encore la possibilité, pour ces mêmes vins bio, et HVE, de fixer des prix d’orientation (pour le vrac) en dérogeant à certaines règles du droit de la concurrence (avec la bénédiction de la Commission européenne), dès lors que des objectifs de durabilité sont avérés. L’ex-CNAOC escompte bien aussi mettre un pied dans la porte des mairies à l’occasion des prochaines élections pour débouchonner nombre de verrous, en matière d’œnotourisme notamment. Et puis il y a nos compatriotes qui, s’ils ont pris un virage à 180° en matière de modération, sont 94% à considérer que le vin est un élément de notre identité culturelle, qu’il donne une bonne image de la France dans le monde et qu’il participe à l’attractivité des touristes dans nos régions (92%), qu’il contribue à une part importante des exportations françaises (92%), qu’il est une composante de l’art de vivre à la française (84%) ou encore qu’il dynamise et crée de l’emploi (82%). Reste à joindre le geste à la parole.