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Vendredi 20/03/2026
Souveraineté 2035 (5/6) : en viticulture, sauver la peau de chaque grain
Après le traitement social de la surproduction, la plus juteuse de toutes les filières agroalimentaires espère circonscrire une crise multifactorielle et stopper la saignée, en adaptant l’offre à la demande et super-performant à l’export.
La souveraineté n’est pas à proprement parler le sujet de la filière vitivinicole. Et pas seulement parce que le vin est une denrée non essentielle, pour ne pas dire dispensable. Le vin convoque l’Histoire, le patrimoine, les terroirs, la culture, le rayonnement international. Le vin, c’est la France à tous ses coins de table et dans tous ses recoins avec l’œnotourisme et ses 12 millions de visiteurs et ses 7 milliards de chiffre d’affaires annuels.
Le vin, c’est la France partout dans le monde avec son excédent commercial de 13 à 15 milliards d’euros annuels. Liberté, égalité, fraternité… santé ! Sans le vin et les spiritueux, la France agroalimentaire aurait la gueule de bois depuis des lustres. La viticulture, c’est 18% du chiffre d’affaires de l’agriculture française sur 3% de la SAU. Le tout explique pourquoi plusieurs centaines de millions d'euros d’argent public ont été injectées ces dernières années pour traverser la crise.
Réduire, innover, relancer, exporter
Car depuis 2020, la filière titube. Entre le Covid, le Brexit, la guerre en Ukraine, la crise inflationniste, surtaxes Trump 1 et Trump 2 ou encore les mesures anti-dumping chinoises, la filière encaisse choc sur choc, que parachèvent l'ivresse du changement climatique, le vertige de la déconsommation et un doigt d’inadéquation entre l’offre et la demande. Le résultat, c’est un traitement social de la crise, à coups de programmes de distillation et d’arrachage, qui auront effacé 55.000 ha du paysage, en attendant la restauration d’un équilibre, encore largement hypothétique. Mais la filière ne fait pas dans l’attentisme. En 2025, elle a esquissé avec Cap Vins un plan de sauvegarde, reposant sur quatre totems : réduire le potentiel de production, innover (dans la conduite du vignoble et l’adéquation offre / demande), relancer la consommation et exporter, exporter, exporter...
Les perspectives à 10 ans de la filière vitivinicole
- appréhender une baisse de la consommation intérieure de 5 à 6 millions d’hectolitres d’ici 2035
- appréhender un essoufflement de la consommation mondiale de vin
- appréhender la réduction des rendements et l’effacement possible de 100.000 ha
Les 4 actions prioritaires de la filière vitivinicole
- adapter l’offre à la demande (développer les segments vins de France, vins aromatisés, autres produits innovants complémentaires aux AOP / IGP, intégrer la demande des marchés dans la gestion du potentiel de production, développer une contractualisation pluriannuelle et équilibrée, poursuivre les chantiers de simplification administrative, éviter les surtranspositions et améliorer la lisibilité réglementaire.
- innover en consolidant le Plan national durabilité du vignoble (bioagresseurs) et Vitilience (climat), en misant sur le renouvellement variétal pour accompagner la restructuration du vignoble, en développant une stratégie filière « industrielle » en lien avec le secteur des distilleries basée sur des vignobles dédiés, en accélérant la recherche et développement pour une protection durable assurant la compétitivité des vignobles
- relancer et exporter : consolider les outils de suivi et connaissance des marchés export, renforcer les moyens sur la promotion et les actions en faveur de l’œnotourisme, mettre en œuvre la stratégie CAP Vins et adapter la PSN vitivinicole, renforcer les moyens et ressources des pouvoirs publics pour accroître la capacité d’action et d’influence de la France à l’étranger, ouvrir de nouveaux marchés par le biais d’accords de libre échange
Les perspectives de la filière cidricole La filière cidricole récolte en moyenne 250.000 tonnes de fruit par an, transformés en 82 millions de litres de cidre et 45 millions de litres de jus de pomme. Elle affiche un solde exportateur net en cidre tout en contribuant à l’aménagement du territoire, au tissu socio-économique, à l’emploi et à la biodiversité mais doit s’adapter à un environnement mouvant, s’agissant notamment du climat et de la demande des consommateurs, avec notamment des produits no/low alcool. La filère mise sur la communication et la promotion des produits cidricoles (« made in France », produits peu alcoolisés, agriculture locale et respectueuse de l’environnement), la poursuite de projets de R&D (transition environnementale, innovation, diversification, qualité et compétitivité) et réclame des programmes opérationnels dans la prochaine Pac. |