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Jeudi 30/07/2026

Les Pyrénées-Orientales (re)lancent le concept de ceinture de protection anti-incendie des zones urbanisées

Publié par Pleinchamp

L’incendie de Trévillach a révélé la vulnérabilité des zones urbanisées à des incendies hors-normes que l’agriculture, mitée, enfrichée et paupérisée ne parvient plus à isoler des flammes. « L’agriculture est une solution » veut croire le préfet, qui lance un Appel à manifestation d’intérêt sur la création de cercles de protection. Ou comment tenter de réinventer l’eau chaude.

Le 4 juillet dernier, un incendie se déclarait sur la commune de Trévillach (Pyrénées-Orientales), situé à 40 km à l’ouest de la préfecture Perpignan. Six jours plus tard et 12.000 personnes et 14 villages préventivement évacués, l’incendie, qui n’a pas fait de victime, avait parcouru 4900 ha, impacté 165 ha de vergers, 11 ha d’oliveraies, 146 ha de vignes, 8,7 ha de maraichage, 98 ha de prairies, 310 ha de surfaces pastorales, 220 ha de friches, 858 ha de forêts et 2444 ha d’espaces naturels. Un préjudice estimé à 30 millions d’euros, selon le président de la FDSEA Bruno Vila, affirmant, dans les colonnes du quotidien l’Indépendant que « la plupart des agriculteurs ne sont pas assurés contre ce type de sinistre ou ne le sont pas suffisamment ».

Si comme l’affirmera Eric Belgioïno, directeur départemental et chef de corps du SDIS 66, lors d’une réunion d’information organisée le 15 juillet par la Chambre départementale d’agriculture, le feu de Trévillach a été boosté par la « règle des 30 » : température > 30°C, humidité > 30%, vitesse du vent > 30km/h. Et il a trouvé avec la friche, le non-respect des obligations légales de débroussaillement (OLD), la cabanisation (habitat léger illégal notamment dans les zones à risque) ou encore le défaut d’entretien des cours d’eau, rendus à l’état de « forêt » aux dires de certains agriculteurs, tout le carburant nécessaire à sa propagation. Sans oublier l’originelle responsabilité ou négligence humaine déclencheuse.

« Ceintures de protection » : trois cercles, trois objectifs

« L’agriculture est une solution » avait affirmé à la même réunion le préfet, Pierre Regnault de la Mothe. Dans la foulée, celui-ci a annoncé le lancement d’un Appel à manifestation d’intérêt sur « l’expérimentation de ceintures de protection contre les incendies de forêt et de végétation ».

Le principe de composition d’une « ceinture de protection »
Le principe de composition d’une « ceinture de protection »

Elles consistent à créer trois cercles concentriques de réduction de la densité de la végétation : un premier cercle complètement débroussaillé au moyen des obligations légales de débroussaillement, un deuxième cercle d'aménagements coupe-feu ou ralentisseur de feu, comme par exemple un champ de vignes et un troisième cercle, plus étendu, de contrôle de la densité de la végétation au moyen d'entretien par le sylvopastoralisme. Elles portent trois objectifs : renforcer la protection des populations et des biens en limitant la propagation potentielle des incendies vers les zones habitées, contribuer au maintien d'activités agricoles et pastorales participant à la gestion durable des espaces périurbains, constituer des zones d’appui pour les moyens des sapeurs-pompiers. « Ces ceintures de protection reposent sur une approche globale d'aménagement du territoire visant à maintenir ou à recréer, aux interfaces entre espaces naturels et zones urbanisées, des secteurs à faible combustibilité », précise le document préfectoral.

15% de la SAU en friches dans les P.O.

Si l’intention est louable, on est en droit de s’interroger sur sa portée, dans un département en proie à une très forte déprise agricole, avec une SAU en recul de 13% entre 2010 et 2020 (hors prairies et surfaces fourragères), des phénomènes de concentration en arboriculture et maraichage altérant le maillage, un secteur viticole en pleine crise existentielle, un élevage allaitant plutôt résilient mais qui n’a pas échappé aux coups de boutoir de la DNC.

Sans oublier la pression foncière, notamment aux portes des villages, améliorant le minimum vieillesse de nombreux exploitants sans repreneurs. Selon l’outil d’inventaire et de suivi WaSaBi, mobilisant l’imagerie satellitaire et l’intelligence artificielle, le taux de SAU en friche atteint 15,5% dans les Pyrénées-Orientales. Et comme si cela ne suffisait pas, le département flirte avec l’aridification.

Réinventer l’eau chaude ?

« On avait dans les années 2000 autour de 1000 ha de coupures stratégiques anti-incendie entretenues par le pastoralisme, contre 340 ha aujourd’hui », a déclaré le 15 juillet Emmanuel Leroy, chef du service élevage à la Chambre d’agriculture. L’incendie de Trévillach a mis aussi en exergue certaines communes, telle Montalba-le-Château, plutôt à l’avant-garde en matière de prévention et de protection. « Les "communes guides" pourront valoriser leurs actions déjà engagées, à travers une communication dédiée et en apportant leurs retours d’expériences aux communes pilotes », indique la préfecture.

Les communes ont jusqu’au 10 août pour se manifester. « La labellisation des communes interviendra dès la rentrée », indique la préfecture qui, au plan financier, espère émarger au dispositif national de soutien aux projets de prévention des incendies lancé par la Banque des territoires le 23 juillet dernier, avec une enveloppe de 100 M€ en prêts pour soutenir les collectivités territoriales et les acteurs territoriaux publics et de 5 M€ de crédits (subventions) dédiés à l'ingénierie territoriale.