- Accueil
- Sécheresse, climat, Pac : les engagements en trois temps et trois mouvements de Sébastien Lecornu
Lundi 17/08/2026
Sécheresse, climat, Pac : les engagements en trois temps et trois mouvements de Sébastien Lecornu
Dans une lettre ouverte aux « agriculteurs de France », le Premier ministre donne des gages à une profession en proie comme jamais au péril climatique. Et tente de dégager un horizon à la ferme France, brinquebalée dans un maelstrom d’insécurité(s).
« Aujourd’hui, une sécheresse précoce et sévère frappe notre pays (…) Nous mesurons l’ampleur de cette crise et aucun agriculteur ne sera laissé seul face à cette situation (…) La réponse devra être rapide et forte ». C’est ce qu’on peut lire dans une lettre ouverte du Premier ministre aux « agriculteurs de France », publiée le 15 août. C’est la troisième fois cette année que Sébastien Lecornu prend sa plume, après ses missives de janvier et mai, correspondant respectivement à l’annonce du projet de loi d’urgence agricole et au début de son examen au Parlement.
Depuis, une sécheresse inédite, qui ne galvaude pas le qualificatif d’historique, frappe l’Hexagone, et met à mal les récoltes, les stocks de fourrages, la production de lait et de viande, siphonne les trésoreries, hypothèque les emblavements, sans oublier la surmortalité en élevage et les incendies ravageurs. Autant d’impacts à la fois visibles et masqués, immédiats et à retardement, de nature à plomber autant le moral des producteurs que les capacités de production de la ferme France.
Sécheresse : le plan « Canicule - Sécheresse - Incendies »
Le 6 août, le ministère de l’Agriculture a annoncé la préparation d’un plan global d’accompagnement « Canicule – Sécheresse – Incendies » (CASI), et l’activation dans la foulée de cellules nationale et départementales. Le 27 août, les préfets rendront compte, territoire par territoire, filière par filière, des impacts de la sécheresse.
Le CASI devrait alors entrer dans sa phase sonnante et trébuchante, mais sans trébucher. « Des enveloppes d’aides ciblées, à la main des préfets, permettront d’apporter des réponses au plus près du terrain, pour soutenir les trésoreries et la remise en production, écrit Sébastien Lecornu. En outre, au-delà des outils d’assurance, l’indemnité de solidarité nationale (ISN), qui indemnise une fraction des pertes lorsqu’elles sont élevées, sera armée autant qu’il le faut. Il y aura aussi des dégrèvements de TFNB et des prises en charges de cotisations sociales pour les exploitations les plus fragilisées ».
Climat : loi d’urgence et loi de finances
Au-delà des mesures d’urgence, le Premier ministre s’est projeté plus en avant, sur les fronts de l’adaptation au changement climatique et de la défense sinon de la restauration des capacités productives, convoquant la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, tout juste avalisée par le Conseil constitutionnel. « Elle apporte des réponses concrètes : des projets d’avenir pour renforcer notre capacité de production ; davantage de contrôles sur les importations, selon une règle simple - ce qui est interdit aux producteurs européens ne doit pas revenir chez nous par les produits importés ; plus de produits français et européens dans la restauration collective ; des règles simplifiées et améliorées sur le stockage de l’eau, la prédation, les bâtiments d’élevage et le foncier ; des sanctions plus dures contre les vols et les intrusions », énumère le Premier ministre, qui a demandé à la ministre de l’Agriculture et à tous les ministres concernés de préparer « sans attendre » les textes nécessaires et d’en suivre l’exécution.
« Elle renforcera aussi la place des agriculteurs dans les négociations commerciales, parce qu’il n’y a pas de souveraineté alimentaire sans revenu agricole » écrit aussi le chef du gouvernement, qui a rappelé une « évidence », à savoir que « l’eau est devenue une question de souveraineté agricole. Préserver la ressource et préserver la production ne sont pas deux combats opposés. Nous devons économiser l’eau, mieux la réutiliser et protéger les milieux naturels ; mais aussi pouvoir la stocker lorsqu’elle est disponible et réaliser les projets utiles, adaptés aux territoires ».
C’est là où Sébastien Lecornu mise à nouveau sur le Parlement qui, avec l’examen prochain du projet de loi de finances pour 2027, aura l’occasion, « loin de toutes considérations politiciennes liées aux prochaines échéances électorales », de « voter des mesures de soutien et d’investissement, en particulier un suramortissement fiscal pour les projets d’avenir agricole dont le cadre a été fixé par la loi d’urgence mais aussi de soutenir les investissements hydrauliques, continuer d’adapter l’agriculture au changement climatique, renforcer la gestion des risques, accompagner l’installation et la transmission et préserver la compétitivité de nos filières ». « Nous devrons être exigeants sur chaque euro, sans pour autant oublier qu’économiser sur notre capacité à nous nourrir nous coûterait demain beaucoup plus cher », prévient le chef du gouvernement
Pac : « Il ne manquera pas un centime »
Le troisième niveau de riposte se joue à Bruxelles, où Paris a demandé à ce « qu’aucun agriculteur ne devra par ailleurs subir une double peine : celle du climat, puis celle d’une sanction administrative pour n’avoir pas respecté une obligation de la politique agricole commune rendue impossible par la sécheresse ».
Mais le gros du morceau reste la Pac et sa prochaine mouture 2028-2034. « Il ne manquera pas un centime au niveau actuel des aides directes versées à nos agriculteurs. La France défendra une enveloppe agricole identifiable et protégée. Elle refuse une Pac renationalisée ou mise en concurrence avec d’autres politiques européennes », a gravé le Premier ministre. Dans la terre, momentanément, de marbre.