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Mercredi 18/02/2026

Arnaud Rousseau (FNSEA) : « L’agriculture française est en danger »

A trois jours de l’ouverture du Salon de l’Agriculture, dont le président de la FNSEA fait le premier round agricole de présidentielle 2027, le syndicat s’alarme de la décroissance de l’agriculture tricolore, , qu’il ne désespère pas de contrecarrer avec la future loi d’urgence agricole, aux contour et calendrier encore flous.

« L’agriculture française est en danger » : c’est ce qu'a déclaré Arnaud Rousseau lors d’une conférence de presse mercredi, à trois jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture. Si le salon doit rester un lieu de « convivialité et d’échanges, d’égaiement, de joie de découverte », ce n’est pas un « décor », a nuancé le président de la FNSEA, en référence à la crise agricole « qui se déroule depuis trois ans » et à la situation « alarmante dans un certain nombre de territoires et de productions ».

Avec une « balance agricole et agroalimentaire qui s’est effondrée, proche de zéro » a-t-il dit, la France agroalimentaire n’est pas vraiment au meilleur de sa forme. « En 20 ans, en volume, c’est -6% en blé, -6% en vin, -7% en fruits, -7% en porcins, -12% en légumes frais, -13% en volaille, -19% dans les gros bovins et -31% pour les ovins et les caprins, a détaillé Arnaud Rousseau. La consommation n’ayant pas baissé, tout ça a été remplacé par des importations et bien souvent de qualité inférieure par rapport à ce que nous produisons en France ».

Le SIA 2026, 1er round agricole la présidentielle 2027

Le syndicat compte bien mettre les pieds dans le plat au Salon de l’agriculture, qui sera le « temps de lancement de l’élection présidentielle sur le plan agricole », veut croire le président de la FNSEA, à plus d’un an d’un scrutin décrit comme le « moment de clarification pour ce que l’on veut pour l’agriculture (…) Les premiers candidats se sont déclarés, toutes les écuries présidentielles sont en train de rédiger des programmes agricoles ». La FNSEA, qui appelle à un « changement de logiciel » et qui attend un « cap clair, une vision » ainsi que de la « stabilité » et de la « visibilité », est prête à recevoir tous les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale pour jauger les points de « convergence » et de « divergence ». « On a des propositions pour changer de braquet, pour redonner de l’ambition à notre agriculture, avec en ligne de mire la souveraineté, le sujet de renouvellement des générations et le corollaire qui est le revenu des producteurs ».

Orpheline de cette fameuse « vision » et « ambition », la FNSEA semble avoir déjà tourné la page de la présidence d’Emmanuel Macron, bien que Sébastien Lecornu ait accédé à la demande du syndicat de déposer un projet de loi d’urgence agricole. « A ce stade, nous n’avons pas de squelette, pas de trame », déplore Arnaud Rousseau, qui ne veut pas que « la montagne accouche d’une souris » et d’un texte « où on met trois bricoles ». Le calendrier inquiète également le président de la FNSEA, avec la perspective des élections sénatoriales en septembre, qui aurait pour effet de repousser à octobre l’éventuelle adoption du futur texte… à l’urgence toute relative, sachant que de nombreux décrets relatifs à la loi d’orientation agricole, de mars 2025, se font encore attendre, de même que sur la PPL Fugit sur les drones.

Ce que la FNSEA attend de la loi d’urgence : des mesures transverses...

En attendant, le syndicat a fait phosphorer son réseau pour faire remonter toutes une série de propositions ciblant les trois axes de la loi, à savoir, l’eau, la prédation et les moyens de production. Le syndicat veut introduire des principes de « souveraineté agricole » en complément de la souveraineté alimentaire et de « non régression de la production agricole » et de l’équilibre économique des exploitations « partout sur le territoire ». « La production agricole a sa place même sur les aires d’alimentation de captage » a dit Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA.

Autre front : les surtranspositions franco-françaises vis-à-vis de l’UE mais aussi surtranspositions « locales », une « couche supplémentaire, des boulets ». En matière de surtranspositions, la FNSEA cible également le bien-être animal, où la France est « championne ». Le syndicat a aussi en ligne les délais d’instruction et de recours des projets de construction de bâtiments ou de réserves d’eau et propose une « loi d’exception », calque sur celle prévalant pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris, jusqu’à la reconquête effective de la souveraineté, filière par filière.

... et sur l’eau, la prédation et les moyens de production

Sur l’eau, la FNDSEA veut instaurer le principe d’usage économique en tant que « eau alimentaire », systématiser la réalisation d’études socio-économiques préalables aux projets de réserve, limiter les zonages types captages sensibles et revenir à 30% de représentativité des acteurs économiques dont les agriculteurs dans les comités de bassin.

Sur la prédation, la FNSEA veut octroyer à tout agriculteur la possibilité de défendre leur troupeau et leurs cultures face à toute prédateur et ravageur (loup, ours, vautours, cormorans, choucas, campagnols…). « Sur le loup, il faut changer de paradigme et poser un seuil de viabilité » estime Luc Smessaert, la hausse du plafond de prélèvement de 19 à 21% n’étant pas de nature à « résoudre la problématique ». Concernant l’ours et les vautours, la FNSEA veut notamment « systématiser » les tirs d’effarouchement.

Sur les moyens de production, le syndicat veut améliorer la délivrance des AMM de produits phyto et véto et réclame le principe de reconnaissance mutuelle systématique entre pays de l’UE. « En terme de distorsion, c’est juste pas possible ».

La compensation écologique surfacique, « qui mange des terres agricoles », est aussi dans le viseur du syndicat, qui plaide pour des PSE. Sur les ZNT riverains, la FNSEA exige que les aménageurs se mettent à distance. « Ce n’est pas aux agriculteurs de subir » défend Luc Smessaert, qui attend aussi des « compensations financières » en cas de ZNT. La FNSEA veut aussi mettre sur la table le sujet de la RPD, « dévoyée ». Enfin, la FNSEA veut renforcer les sanctions en cas d’intrusion dans les bâtiments, champs et centres de recherche.