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Mercredi 22/07/2026

Coordination rurale : « Paysans, n’ayez pas peur d’irriguer »

Publié par Pleinchamp

Au lendemain de l’adoption de la loi d’urgence agricole, qui vise notamment à doubler le stockage d’eau agricole d’ici à 2035, la CR invite les irrigants à ne pas respecter les interdictions et restrictions d’irrigation qui « ne cessent de pleuvoir de toutes les préfectures de France » et appelle à repenser la politique de l'eau.

Alors que l’Hexagone est confronté à une sécheresse « exceptionnelle » et « très préoccupante », non sans lien avec les trois épisodes caniculaires et les trois journées les plus chaudes jamais enregistrées depuis le début des mesures (1959), la Coordination rurale invite les agriculteurs à faire fi des arrêtés préfectoraux restreignant, notamment, les possibilités d’irriguer. « Les interdictions et restrictions d’irrigation ne cessent de pleuvoir de toutes les préfectures de France. Paysans, ne les respectez pas et continuez d’irriguer pour sauver les cultures qui peuvent encore l’être », écrit le syndicat dans un communiqué diffusé mercredi.

Evolution journalière du nombre de départements soumis à restriction (Source : VigiEau)
Evolution journalière du nombre de départements soumis à restriction (Source : VigiEau)

Selon le site gouvernemental VigiEau, qui recense en temps réel les départements soumis à l’un des quatre niveaux d’alerte (vigilance, alerte, alerte renforcée, crise), 58 départements sont en situation de crise et 21 en situation d’alerte renforcée sur une partie de leur territoire, en date du 22 juillet. Les niveaux « alerte » et « alerte renforcée » impliquent des « restrictions renforcées » en matière d’irrigation et le niveau de « crise » des « interdictions totales ou partielles ».

Le volet eau de la loi d’urgence agricole

Le mot d’ordre de la CR intervient au lendemain de l’adoption par le Parlement de la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, dont plusieurs articles traitent de la question de l’eau. Le texte, qui doit encore être examiné par le Conseil constitutionnel, avant d’être promulgué, fixe l’objectif programmatique de doublement du stockage de l’eau agricole et uniquement de l’eau agricole d’ici à 2035. Le ministère de l’Agriculture reconnaissait cependant ne pas avoir de données « suffisamment fiables à date » sur le volume actuel de stockage d’eau agricole sur un total, avéré celui-là de 17 milliards de m3, le sénateur Laurent Duplomb évoquant le chiffre de 800 millions de m3 lors des débats parlementaires.

La loi d’urgence prévoir également l’allègement des contraintes techniques pour les retenues collinaires de moins de 3 ha, l’intégration, dans les Sdage, d’orientations économiques sur le stockage et l’optimisation de l’usage de l’eau, la réalisation préalable aux Sage d’analyses socio-économiques des impacts. En ce qui concerne les projets en zones humides, un ouvrage de stockage d’eau pourra bénéficier d’un allègement des mesures de compensation uniquement s’il présente les mêmes fonctionnalités écologiques que la zone humide en question.

En revanche, le texte exclut la garantie de l’eau pour les agriculteurs et ne touche pas aux instances gouvernance territoriales, comme le texte issu de la première lecture au Sénat le stipulait.

« Paysans de France, irriguez pour vous sauver »

Si la CR invite les irrigants à défier les autorités, elles égratigne au passage les autres syndicats agricoles, « ceux qui ont combattu la création de nouvelles réserves hydrauliques, ou bien de ceux qui se réveillent trop tard par peur du face-à-face avec les zadistes, en écoutant les gouvernements successifs expliquer qu’après une énième étude de faisabilité, de compensation environnementale, , des milliers, voire des centaines de milliers d’euros, le projet aboutirait peut-être au bout d’une décennie ». « Paysans de France, irriguez pour vous sauver les cultures qui peuvent encore l’être, les volumes utilisés n’atteindront jamais les fuites des réseaux d’eau potable sur la France entière ». La CR estime que « plusieurs décennies de décisions politiques ont freiné le développement des infrastructures de stockage de l’eau, limitant aujourd’hui la capacité d’adaptation de l’agriculture aux évolutions climatiques ». Et de réclamer une autre politique de l’eau pour « sauvez les cultures, les éleveurs et leur cheptel, ce qu’il reste de la balance commerciale agricole française, le pouvoir d’achat des Français, car les légumes, les fruits et la viande risquent de connaître une inflation des plus marquées par un manque d’offre très rapidement ».