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Vendredi 17/07/2026

Les agriculteurs, jouets du climat et des marchés, jusqu’à plus soif

Publié par Pleinchamp

[Edito] Alors que l’exercice du métier atteint des sommets d’imprévisibilité et d’insécurité, la puissance publique en est réduite à déployer des écrans de fumée, du type du projet de loi d’urgence agricole ou du plan engrais. En attendant la fourniture de kits de résilience ?

« Demain, on a de la friche qui remplace les vergers, on a de la friche qui remplace les vignes, on a de la friche qui remplace cette activité agricole, on ne protège plus nos villages et moi je ne sais pas faire ». C’est ce qu’a déclaré Eric Belgioïno, directeur départemental et chef de corps du Service départemental d’incendie et de secours des Pyrénées-Orientales (SDIS 66) le 15 juillet, devant une assemblée d’agriculteurs victimes du 2ème plus gros incendie dans l’histoire de ce département.

Le feu, qui a parcouru près de 5000 ha durant 6 jours (4-10 juillet), déplacé 12.000 habitants, impacté des centaines d’ha de vergers, de vignes, de maraichage et de surfaces pastorales et menacé un massif forestier poudrière de 300.000 ha, est l’antépénultième manifestation d’un été de tous les dangers climatiques.

3 canicules en 8 semaines

Après trois épisodes caniculaires massifs, dont un historiquement précoce en mai, l’Hexagone est en proie à « une situation de sécheresse exceptionnelle par sa précocité avec près d'un mois d'avance, tout comme par son intensité », a déclaré mercredi la ministre de la Transition écologique Monique Barbut. La FNSEA anticipe une « catastrophe » économique, avançant des pertes jusqu’à 25 % en fruits et légumes frais, 20% en céréales dans les zones intermédiaires, 30% en maïs, lait et porc, sans oublier les millions de volailles étouffées par la chaleur. « Sans nos vergers, je suis persuadé que tout le village aurait cramé » a devisé un jeune arboriculteur de Bouleternère (Pyrénées-Orientales), dont 90% des parcelles ont été touchées, certaines à 100%. Le préfet ne l’a pas démenti. « L’agriculture est une solution pour éviter les futures catastrophes », a-t-il déclaré.

Ecrans de fumée

Voilà donc les agriculteurs investis d’une mission de sécurité civile, eux qui tentent déjà, tant bien que mal, d’assurer notre sécurité alimentaire, dans la jungle d’un marché mondial mâtiné du racket du supermarché local.

Sur le front climatique, 2026 restera l’année où les feux ont sauté massivement la Loire pour gagner la Bretagne, les Pays de la Loire ou encore l’Ile-de-France et son emblématique forêt de Fontainebleau, à quelques jets de brandons de la capitale, et où le président de la République s’est rendu, soit dit en passant. Alors que l’exercice du métier atteint des sommets d’imprévisibilité et d’insécurité, la puissance publique en est réduite à déployer des écrans de fumée, du type du projet de loi d’urgence agricole ou du « plan d’urgence engrais ». En attendant la fourniture de kits de résilience ?