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Vendredi 10/04/2026
Moins conduire le tracteur pour mieux piloter l’exploitation
[Edito] C’est en filigrane ce qui ressort d’un rapport ministériel décryptant la perte de compétitivité de l’agriculture française vis-à-vis de ses challengers européens, et recommandant, entre autres, une montée en compétences entrepreneuriales et managériales.
En France, « le conducteur de l’engin agricole est le plus souvent l’acquéreur de l’équipement, de sorte que des critères autres que la rationalité économique influencent la décision d’achat. A l’inverse, dans des pays tels que la Roumanie, où les tracteurs sont principalement utilisés par des salariés, le choix de l’équipement repose prioritairement sur des considérations de rentabilité et privilégie le matériel d’occasion ». La phrase est extraite d’un rapport du Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER), dressant une analyse sans concession du décrochage des filières céréalière, laitière et volaille de chair vis-à-vis de nos compétiteurs européens. C’est qu’il y a péril en la ferme France, qui se fait tanner, peler, plumer et tondre par ses voisins européens davantage que par les épouvantails de la Pampa du Mercosur ou du bush australien.
Par an, 15.000 euros de charges et 1000 litres de GNR en jeu selon les Cuma
Selon le rapport, la maîtrise des charges de mécanisation reste « un défi à relever ». Et de recommander en premier lieu l’attache d’un conseil de gestion formalisé, indépendant du vendeur de matériel, pour ne pas privilégier des aspects purement fiscaux ou financiers. Le constat n’est pas nouveau, y compris au sein de la profession. Depuis plus de 80 ans, les Cuma ferraillent pour développer la mutualisation du matériel. Résultat : le taux plafonne à 10% et le chiffre d’affaires cumulé à 670 millions d’euros, une goutte d’huile en comparaison des 18 milliards d’euros de charges cumulées de mécanisation de la ferme France. Selon une enquête des Cuma des Pays de la Loire, la mutualisation poussée recèle pourtant un gain moyen de 15.000 euros par an sur les charges de mécanisation, auxquel s’ajoute une économie potentielle de plus de 1000 litres de carburant après un diagnostic moteur. Sauf que l’Etat préfère exonérer de charges sociales et fiscales les plus-values de cessions de matériel, pour la bagatelle de 1,3 milliard d’euros par an. Un puissant carburant à la demande, à peine hybridé par le tout nouveau crédit d’impôt « mécanisation collective », même s’il constitue un signal.
Compter plutôt que conduire
Au-delà des charges de mécanisation, le rapport du CGAAER pointe les lacunes en matière de gestion, sans pour autant jeter calculette aux exploitants, dont les multiples casquettes s’accommodent mal d’une gestion à la petite semaine de 70 heures. « Le chef d’exploitation français doit être gestionnaire, chef de culture, tractoriste, trayeur, responsable administratif ». Et de recommander une montée en compétences entrepreneuriales et managériales, eu égard à la salarisation croissante. En résumé : compter plutôt que conduire. Ce qui pourrait conduire à compter toujours moins d’exploitations. Car toujours selon le rapport, la taille des exploitations françaises est insuffisante pour absorber les charges fixes, ce qui limite leur compétitivité, tandis que les charges opérationnelles sont trop élevées au regard de leur productivité. « Au titre de la compétitivité, ne faut-il pas se poser la question de la taille critique des exploitations ? », s’est interrogée la ministre de l’Agriculture Annie Genevard au Salon de l’agriculture. Poser la question…