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Mardi 10/03/2026
Souveraineté 2035 et grandes cultures : des petits paquets de farine et de pâtes et un gros paquet de protéines végétales
La filière grandes cultures entend redevenir exportatrice nette de farines et moindre importateur de pâtes alimentaires et doit se préparer accompagner la demande croissante d’aliment pour l’engraissement de bovins et la relance de la production de poulets et d’œufs, sur fond de course aux protéines végétales.
Le 8 décembre dernier, au marché de Rungis (Val-de-Marne), la ministre de l’Agriculture Annie Genevard sonnait le « Grand réveil alimentaire » et lançait le chantier, pour ne pas dire la bataille, de la reconquête de notre souveraineté alimentaire. « La guerre agricole menace un peu plus chaque jour, il est temps d’agir » avait-elle tonné, appelant la France à « se réarmer ». D’ici à l’été, un Plan national de production et de transformation sera présenté, fixant les ambitions portées par les différentes filières et les moyens de les atteindre, en tenant compte des évolutions de marché mondiales, européennes et nationales, du contexte géopolitique, de l’impact du changement climatique et de la disponibilité des ressources. Sans oublier le déficit de compétitivité intra-européen, dû à la « surrèglementation », au « coût de la main-d’œuvre et de l’énergie » et à « des freins à la mise en place de l’innovation » selon le ministère de l’Agriculture.
Avec des taux d’auto-approvisionnement de 182% en blé tendre, 220% en orge ou encore 160% en sucre, les filières de grandes cultures restent globalement exportatrices et demeurent une valeur sûre de la balance commerciale agroalimentaire. En 2025, année marquée par un décrochage sans précédent depuis 50 ans de l’excédent hexagonal, les céréales et oléoprotéagineux sont demeurés le premier contributeur de la balance des produits bruts, avec un solde de positif de 6,6Md€, loin devant les animaux vifs et les œufs (+2,9Md€) et les produits sylvicoles (+328M€).
La France est le 1er pays producteur de blé, maïs, colza, tournesol, lin oléagineux et sucre dans l’UE. Elle produit bon an mal an 35 Mt de blé tendre, 13 Mt de maïs, 12 Mt d’orge, 1,3 Mt de blé dur, 4,3 Mt de colza, 2,1 Mt de tournesol, 0,7 Mt de pois, 0,4 MT de soja, 30,6 Mt de betterave. Elle transforme 70 Mt dont 19,5 Mt d’alimentation animale dans 287 usines, 4,5 Mt de sucre dans 20 sucreries, 3,9 Mt de farine dans 386 moulins, 3 Mt d’amidon, 2,5 Mt d’huile, 3,1 Mt de tourteaux, 1,5 Mt de malt (dont 1,25 à l’export), de l’éthanol, des semoules, des pâtes, etc. |
La situation est un peu moins favorable du côté des produits transformés. En 2025, le solde restait largement positif pour les produis des céréales (+864M€) mais en forte baisse (-21,2%) tandis que le déficit se creusait dans les mêmes proportions (+20,8%) pour les biscuits, pâtisseries et pâtes, pointant à -714M€. D’où la volonté de l’aval de relocaliser certaines productions, telles que la farine en sachet ou encore les pâtes alimentaires.
Côté amont, c’est la production de protéines végétales, servant l’alimentation humaine et plus encore l’alimentation animale, qui constitue une faille béante en matière de souveraineté. Comme le pointait un rapport du gouvernement publié en mars 2024, en amont de la Loi d’orientation agricole, « les exportations de protéines animales (produits laitiers, viande), sont inférieures aux importations d’azote sous forme de protéines végétales nécessaires à leur production, notamment tourteaux et graines de soja, importés du Brésil et d’Argentine ». Une problématique née d’un arbitrage géopolitique, avec le deal soja/céréales entre les Etats-Unis et l’Europe à la création de la Pac, que le progrès agronomique n’a pas corrigé au fil du temps, les légumineuses à graines produites en Europe souffrant de rendements faibles ou instables et de qualités pas toujours adaptées aux process de transformation.
Or, souveraineté oblige, la filière bovine s’est fixée pour objectif d’engraisser 50.000 broutards et 20.000 veaux supplémentaires par an pour contrer les importations de viande tandis que la volaille de chair vise une croissance de +4,8% par an pour réduire significativement les importations et répondre à la hausse de la demande. Pour le coup, le changement climatique pourrait là être complice, notamment pour des espèces comme le poids d’hiver et le soja.
Les objectifs à 10 ans de la filière grandes cultures
- redevenir exportateur net de farine en remplaçant par exemple une partie des importations de farines en sachet en provenance d’Allemagne par des produits français
- remplacer une partie de la consommation de pâtes importées d’Italie où elles sont fabriquées avec du blé dur français par des pâtes fabriquées en France avec du blé dur français. Reconquête de 1 % de part de marché par an
- poursuivre le développement des filières de protéines végétales et de textiles ainsi que le développement de toutes les utilisations non alimentaires
- accompagner la demande croissante d’aliment du bétail de la part des filières de poulet de chair, d’œufs et de viande bovine (environ 1 Mt, soit 150 000 ha)
- accompagner les développements de toutes les filières industrielles des ingrédients alimentaires et des très nombreux usages non alimentaires
Les trois projets prioritaires
- augmenter la production de farine en sachet et remplacer une partie des importations par de la production nationale (facilitation et simplification des investissements capacitaires et de modernisation industrielle, alignement du prix de l’électricité par rapport à l’Allemagne, modernisation de la chaine logistique des grains entre les producteurs et les meuniers)
- créer de la valeur dans une filière pâtes françaises, produites en France avec du blé dur français (soutien à la sélection variétale, soutien de la grande distribution pour la mise en avant de ces pâtes 100% françaises, affichage de l’origine des produits de 1ère transformation et des principaux ingrédients pour la 2ème transformation, simplification de la réglementation pour les investissements industriels)
- développer la production de cultures à fortes teneurs en protéines, notamment pour l’alimentation animale (augmenter la production et la transformation en France, contractualiser et valoriser de l’origine France, axer la R&D sur la production et la performance des cultures de rente)