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Jeudi 19/02/2026
Terre de liens réclame l’instauration d’une véritable « démocratie alimentaire territoriale »
Dans son dernier rapport sur l’état des terres agricoles, le mouvement dénonce le dévoiement des Projets alimentaires territoriaux (PAT) par « l’agro-industrie » et appelle les territoires, à l’approche des élections municipales, à « décider collectivement » de ce que nous produisons et mangeons.
Après un premier rapport (2022) appelant à une refondation des politiques en matière d’urbanisme et de régulation foncière, un deuxième (2023) dénonçant la financiarisation du foncier via les parts de sociétés agricoles, un troisième (2024) militant pour le développement d’un portage foncier d’intérêt général et un quatrième (2025) axé sur la souveraineté alimentaire, le mouvement Terre de liens s’empare de la démocratie alimentaire locale. « A l’heure où s’ouvre un nouveau cycle municipal, ce rapport s’adresse à celles et ceux qui vont prendre des responsabilités locales. Il montre que la transition agricole et alimentaire ne se décrète pas uniquement depuis de l’Etat mais se construit dans les territoires, par la coopération, la démocratie et l’orientation des terres agricoles vers des une agriculture nourricière ».
« Les PAT, outil aussi prometteur que dévoyé »
Et pourtant, depuis 2014, les Projets alimentaires territoriaux (PAT) sont justement là pour fédérer les différents acteurs d'un territoire autour de la question de l'alimentation et contribuer ainsi à la prise en compte des dimensions sociales, environnementales, économiques et de santé de ce territoire, selon les termes du ministère de l’Agriculture.
Publiée le 13 février dernier, la Stratégie nationale alimentation nutrition climat (SNANC) les a même confortés en visant, d’ici à 2030, une couverture de 80% du territoire en PAT de niveau 2 (contre 63% en 2025), avec des critères renforcés sur les différentes dimensions de l’alimentation durable et favorable à la santé (économique, sociale, environnementale et de santé). Sauf que selon Terre de liens, « l’État réduit drastiquement les moyens pour ce dispositif et abandonne les territoires, inégaux face aux représentants du modèle agricole conventionnel, déterminés à s’emparer des PAT, habitués qu’ils sont à être seuls maitres à bord ».
Le paravent du « local »
Le mouvement cible les Chambres d’agriculture qui ont tenté, en vain de prendre la main sur l’Observatoire national des PAT, et qui constituent selon l’association le cheval de Troie de « l’agro-industrie », accusée d’avancer masquée derrière la sacro-sainte acception « local ». L’analyse sémiologique des objectifs stratégiques des PAT montre l’importance donnée au « local » (73% des PAT le mentionnent) souvent associé au « durable » (50%). « Or cette confusion entre « local » et « durable » est fréquemment entretenue par les représentants du modèle agro-industriel pour étouffer les controverses sur la définition de la qualité des produits alimentaires », dénonce l’association, qui relève que seuls 21% des PAT font de la « transition » un de leurs objectifs stratégiques et que 17% seulement y mentionnent l’agroécologie ou l’agriculture biologique.
Terre de liens mentionne notamment le cas de Breizh Alim’ en Bretagne, soutenue par la Région, visant à favoriser l’accès aux marchés de la restauration collective aux acteurs agroalimentaire locaux, et qui serait un « outil de communication, politique destiné à afficher un soutien à des filières régionales en crise, sans pour autant remettre en question la durabilité d’un modèle agricole fortement spécialisé et orienté vers l’exportation (…) Les PAT font partie de ces dispositifs dévoyés par l’agro-industrie, sous le regard complaisant des gouvernements successifs (…). Le « local » sans changement des pratiques est un local hard discount. Il donne bonne conscience aux industriels, sans améliorer ni la santé, ni l’environnement, ni le revenu agricole (…). Le circuit court a la cote et l’agro-industrie compte bien en tirer profit : elle exploite sans vergogne l’image d’une ferme ancrée dans son territoire et d’une agriculture artisanale, liée à la gastronomie française du terroir, pour développer un nouveau débouché pour ses produits de faible qualité ».
« Une faim de démocratie locale »
Dans son rapport intitulé « Une faim de démocratie locale », Terre de liens, représentée dans plus de 150 PAT sur les 450 existants, rappelle que les PAT peuvent mener des actions relevant de la « démocratie alimentaire », laquelle ne représente que 3% des actions des projets.
L’association mise sur les prochaines élections municipales, propices à un renouvellement massif des élus locaux (500.000), pour ouvrir un nouveau cycle de « démocratie alimentaire », lever les verrous structurels aux transition agroécologiques et alimentaire et instituer des stratégies alimentaires de territoire. « Que ce soit à l’échelle communale, intercommunale, départementale ou régionale, les collectivités disposent de leviers concrets pour agir. Partout en France, des élus et élues, en lien avec les paysans et paysannes et les citoyens et citoyennes expérimentent d’autres voies. Ils et elles font pousser des firmes communales, approvisionnent des cantines scolaires avec des produits bio et locaux, inventent des caisses alimentaires locales pour un accès digne à l’alimentation de qualité pour toutes et tous, protègent la vocation nourricière des terres agricoles dans les documents d’urbanisme, préservent la qualité de l’eau en soutenant des pratiques agroécologiques, investissent dans des projets économiques de transformation et de distribution alimentaire ».