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Vendredi 16/01/2026
Un Salon sans bovins avant une France sans vaches ?
[Edito] L’épizootie de DNC va renvoyer la Brahmane égérie du Salon de l’agriculture à ses terres martiniquaises sans détour par la porte de Versailles, au moment où la ratification du traité UE-Mercosur va ouvrir un peu plus nos ports et aéroports au bœuf argentin et au poulet brésilien.
Biguine va-t-elle croiser sur les flots de l’Atlantique les premières cargaisons additionnelles d’aloyaux argentins et de filets de poulets brésiliens lors de son voyage retour et prématuré en Martinique ? C’est en tout cas le plausible et funeste télescopage susceptible de se produire dans les jours à venir.
Arrivées au port du Havre à la mi-décembre après 11 jours de traversée transatlantique, Biguine et ses congénères, Madinina, Bamaryl, Canelle et Saline, avaient pris pension dans un élevage de Haute-Saône, une zone tampon entre le soleil des Antilles et les flash parisiens, qui n’auraient pas manqué de crépiter pour une première historique : la mise en avant d’une race bovine ultramarine, en l’occurrence la Brahmane, avec sa bosse de zébu et son fanon caractéristiques, appendices forgeant l’adaptabilité de la race à l’abondance et à la disette, au froid et à la chaleur.
Vacherie de DNC
C’était sans compter cette « vacherie » de DNC, qui hante la France bovine depuis plus de six mois et dont le dernier avatar en date est l’annulation des concours généraux bovins au SIA 2026, et avec elle l’absence de tout bovin porte de Versailles. Par « précaution sanitaire » autant que par « solidarité » avec les éleveurs impactés par la maladie, les organismes de sélection ont renoncé aux concours. Un véritable crève-cœur quand on connait l’engagement et l’aboutissement que représente « la montée à Paris », récompensant non pas le travail d’une année mais le plus souvent celui de plusieurs générations. Et un double manque à gagner, en plaques et en plaques.
Pour être tout à fait honnête, même si l’absence de vaches va générer de la frustration, et on songe à l’élevage ultra-marin en premier lieu, à tous les jeunes des établissements scolaires aux petits soins des bêtes pendant 9 jours et aux visiteurs (et à votre serviteur), le traumatisme de la DNC est d’abord celui des éleveurs aux troupeaux abattus et des éleveurs entravés au quotidien, dans leurs actes de production et d’échanges, traumatismes auquel s’ajoute la menace planant au-dessus de toute une filière, sur fond de crise sans fin.
Et Biguine s’en est allée, sur un air de samba et de tango
Comble de la guigne pour Biguine, cette première « historique » en plus de 60 éditions coïncide avec la ratification, ce 17 janvier, de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, qualifié lui aussi d’« historique » par la présidente de la Commission européenne. L’Histoire retiendra-t-elle qu’en l’espace de quelques jours, l’excellence agricole française a été empêchée pendant que le moins disant des antipodes dopé aux antibiotiques activateurs de croissance était affranchi de droits de douane ? Pas sûr. Gageons en tout cas qu’un hall 1 sans bovins ne préfigure pas une France sans vaches.
Parce que c’est bon pour le moral, on pourra se rabattre sur le hall 7 et se délecter des saveurs, senteurs, couleurs et bonne humeur des départements et territoires d’Outre-mer, et se mettre dans le gosier quelques spécialités… du Gosier (Guadeloupe), de la Trinité (Martinique), du Tampon (La Réunion), de Mamoudzou (Mayotte) ou encore de Koumac (Nouvelle-Calédonie). A moins que les organisateurs décident de déporter les DOM-TOM du hall 7 au hall 1, ce qui serait un bel hommage rendu à la France des Outre-mer. Vive la biguine.